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Menaces et insultes

Le côté obscur des réseaux sociaux pour les athlètes

Jessica Lapinski

 - Agence QMI

D’abord un outil pour socialiser avec les fans ou promouvoir leurs carrières, Facebook, Twitter et Instagram sont devenus une arme à double tranchant pour plusieurs athlètes ciblés par des parieurs frustrés.

Aleksandra Wozniak dénonce les menaces de mort qu’elle et sa famille ont reçues à plusieurs occasions sur les réseaux sociaux. Des messages parfois troublants au point de la déstabiliser avant des matchs.

«On se fait souvent menacer, et pas juste quand on perd, pointe Wozniak, 30 ans. Ça arrive aussi quand on bat une bonne joueuse et qu’on leur fait perdre [aux parieurs] une mise.»

Peur

C’est un sujet de discussion dans les vestiaires partout dans le monde, dit l’athlète de Blainville. De plus en plus de joueuses publient d’ailleurs les messages qu’elles reçoivent afin de dénoncer ce qui est en train de devenir un fléau.

Souvent, l’équipe de Wozniak se contente de signaler la menace à Instagram, par exemple, afin de faire fermer le compte de l’utilisateur. Mais la joueuse dit avoir dû montrer certains de ses messages à la police, car elle sentait que le danger était réel.

«Ça m’est arrivé de retourner sur le terrain après avoir reçu une menace la veille et de ne pas m’être sentie moi-même tellement j’avais peur», raconte l’ex-21e mondiale, qui précise ne pas garder les messages.

Sensibiliser les jeunes

Chez Tennis Canada, on dit sensibiliser les joueurs aux dangers des réseaux sociaux.

Le centre national d’entraînement situé à Montréal offre aux athlètes des formations qui leur apprennent comment composer avec les médias.

«La portion qui concerne les entrevues avec les journalistes prend de moins en moins de place aujourd’hui, mentionne Valérie Tétreault, la responsable des communications. On met davantage l’accent sur comment gérer les réseaux sociaux.»

Wozniak explique avoir pris une pause des réseaux sociaux lorsqu’elle soignait une des blessures à l’épaule qui ont ralenti sa carrière ces dernières années. Elle les a rouverts graduellement.

«Certains athlètes sont plus sensibles. Recevoir ce genre de menaces, ça peut mener à des dépressions», souligne la joueuse.

En 2013, la prometteuse canadienne Rebecca Marino avait accroché sa raquette à 22 ans après avoir été notamment victime de cyberintimidation. L’ancienne 38e mondiale effectue présentement un retour à la compétition.

«On est d’abord des êtres humains, lance Wozniak. Si je me coupe, je saigne. On dirait que certaines personnes oublient ça.»

Pas que de mauvais côtés

Les réseaux sociaux n’ont toutefois pas que de mauvais côtés, pointe Aleksandra Wozniak.

C’est grâce à certains messages – positifs cette fois – qu’elle a eu l’idée de lancer une campagne de sociofinancement afin d’obtenir de l’aide financière pour poursuivre sa carrière.

«Ce sont des gens qui me suivent depuis plus de 10 ans qui m’ont demandé de le faire. Ils voulaient contribuer financièrement», souligne l’athlète.

Promotion

Comme plusieurs joueuses de sa génération, Wozniak se sert aussi de Facebook et de son compte Instagram @alekswozniak87 pour faire la promotion de certains commanditaires.

«Il y a 10 ans, on se faisait approcher par des compagnies en raison de nos performances sur le terrain. Maintenant, c’est différent, relève-t-elle. Ils misent sur ton look, ton image, ta réputation.»

Un apport financier précieux pour Wozniak, qui est sur la touche depuis plusieurs semaines en raison d’une blessure à un genou.

La Québécoise est présentement 488e au monde. Elle a dû faire l’impasse récemment sur le Challenger de Gatineau, qu’elle avait remporté l’an dernier, et ne pourra prendre part à la Coupe Rogers cette semaine.

Des cas partout

Madison Keys

L’Américaine est ambassadrice de FearlesslyGIRL, une association qui aide les adolescentes à lutter contre l’intimidation. Avec Rebecca Marino, elle devait prononcer une conférence devant des ados, lundi, au Stade IGA, mais s’est retirée du tournoi. Elle connaît bien le sujet. Keys dit être fréquemment la cible de propos racistes sur les réseaux sociaux. Et de menaces de mort. Elle en publie afin de dénoncer les agresseurs, même si c’est contre la volonté de la WTA. «Si on ne le fait pas, ça les encourage à continuer, car rien ne les en empêche», a-t-elle pointé à CNN.

Kevin Anderson

En 2016, le géant sud-africain perd dès le premier tour à Wimbledon. Un résultat inhabituel compte tenu de son statut de membre du top 20, voire du top 10. Qui plus est, il bousille une avance de deux manches à zéro avant de s’incliner. «J’ai reçu un déferlement d’insultes et de menaces», raconte aux médias le trentenaire. «Je suis déçu d’avoir perdu hier, mais au moins, j’ai toutes ces menaces de mort sur Twitter et Facebook pour me réconforter», ironise-t-il ensuite sur les réseaux sociaux.

Richel Hogenkamp

Après une défaite à 's-Hertogenbosch, en juin 2017, contre Ana Konjuh, 33emondiale, la Néerlandaise alors 100e reçoit sur Twitter ce message d’un parieur frustré : «J’espère que toute ta famille va mourir d’un cancer du cerveau. J’espère que quelqu’un va te tuer avec deux balles. J’ai perdu 1500 $ à cause de toi, putain de salope. [...] Tu avais tout, espèce de machine à fautes directes. Si je te trouve, je vais te casser les deux jambes, espèce de merde. Tu es la personne la plus moche que j’ai jamais vue.»

Nicole Gibbs

L’Américaine dit avoir reçu des menaces dès ses 17 ans. Elle qualifie le phénomène d’épidémie. En 2016, après une défaite au premier tour à Moscou contre Ekaterina Makarova, mieux classée et plus expérimentée, la jeune joueuse ouvre sa page Twitter. Elle y lit ce message d’un utilisateur, probablement un parieur : «Tu es tellement mauvaise. J’espère que tu vas mourir lentement, dans d’atroces douleurs».