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Un refuge pour les insatisfaits des «vrais» médias

Qu’est-ce qui attire les internautes vers les médias alternatifs? Nous l’avons demandé à plusieurs adeptes, dont certains ont requis l’anonymat sous prétexte que leurs proches n’approuvent pas leurs intérêts médiatiques.

«Les questions d’islam, d’immigration, la liberté d’expression, ce sont des questions que je trouve importantes, qui ne sont vraiment pas suffisamment débattues. Ce que je reproche aux médias traditionnels, c’est de faire comme si le populisme c’était une mauvaise chose. Le populisme [...], je ne trouve pas que c’est un mot qui est négatif en soi.» – Simon*, 39 ans

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«Lorsque je veux savoir quelque chose, désolée, mais je ne lis pas votre journal ou je n’écoute pas TVA/Radio Canada. Le sujet principal du fait que je ne suive pas les médias québécois directement, c’est l’immigration de masse illégale, surtout à Lacolle. Une chance qu’il nous reste La Meute et Storm Alliance.» – Andrée, 39 ans

«Moi, je suis embarqué là-dedans quand j’ai vu sur Facebook ce qui se passait réellement et qu’on ne nous le disait pas aux nouvelles. Ça rentre à la frontière, c’est une passoire! Ça rentre, et on ne sait pas c’est qui, est-ce un terroriste, un tueur, un violeur? On ne le sait pas. Mais le gouvernement les prend et leur donne de l’argent. Ils vivent sur notre dos, la plupart ne travaillent pas, c’est nous qui payons ça.» – Maxime, 29 ans

«On le voit en Europe, les appels à la prière, il y a des places où les non-musulmans ne peuvent pas aller parce que c’est dangereux pour eux. Moi, je ne parle pas à travers mon chapeau, je le vois. Nos médias conventionnels ne parlent pas de ce qui se passe en Europe.» – Julie*, 70 ans

*Nom fictif

Moins qu’aux États-Unis

Au Québec, ce genre de médias alternatifs n’attire encore qu’un petit pan de la population, loin d’atteindre les proportions observées en Europe et aux États-Unis.

Chez nos voisins du sud, le meilleur exemple de l’influence de ces producteurs de contenus est sûrement Alex Jones, et son site web Infowars. Un polémiste qui a passé la majorité de sa carrière à cracher des théories du complot pour un public marginal, Jones est devenu une véritable célébrité quand Donald Trump, alors candidat à la présidentielle américaine, s’est mis à lui accorder des entrevues. Sa page YouTube compte près de 2,5 millions d’abonnés.

Alex Jones, qui partage le dédain que le président américain porte aux médias de masse, est souvent crédité d’avoir aidé à faire élire la vedette de téléréalité.

Un enjeu pour la campagne électorale

Les candidats devraient y penser deux fois avant de collaborer avec les médias alternatifs pendant la campagne électorale provinciale, prévient un responsable du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence.

D’après Benjamin Ducol, il est naturel que les politiciens qui cherchent à atteindre un plus grand public envisagent de passer par ces médias.

«Mais à partir du moment où on accepte de rentrer comme un intervenant sur ces médias alternatifs, on leur donne une forme de crédibilité, explique-t-il. La question c’est: est-ce qu’on veut donner la même crédibilité à un journaliste professionnel et à quelqu’un qui produit du contenu.»

À ce jour, trois candidats d’envergure se sont déjà prêtés au jeu: Youri Chassin, de la Coalition avenir Québec dans Saint-Jérôme, Catherine Fournier, députée péquiste de Marie-Victorin, et Farida Sam, qui se présente pour le Parti québécois dans L’Acadie. Tous se sont entretenus avec des collaborateurs de l’animateur controversé Stu Pitt, dans le studio de celui-ci.

Droitisation

En se basant sur l’impact du phénomène en Europe et aux États-Unis, la professeure Aurélie Campana prédit une droitisation des débats publics.

«Les partis politiques traditionnels, pour couper l’herbe sous le pied de partis qui sont plus conservateurs et de ces groupes qui essaient d’influencer l’opinion publique, vont s’emparer d’un certain nombre de thèmes qui sont propres ou qui étaient considérés comme étant propres à l’extrême droite.»

Mais souvent, prévient-elle, cette tactique dérape, «et c’est par cette bande-là que ces groupes arrivent à exercer une influence sur les débats publics».

Deux semaines à débusquer des mensonges véhiculés sur le web

Trois exemples de fausses nouvelles

Les experts en matière de radicalisation soulignent que le travail de journalistes professionnels fait l’objet de multiples vérifications, tandis que les producteurs de contenus alternatifs n’ont aucun compte à rendre. Notre incursion dans cet univers nous a permis de détecter de nombreuses fausses informations qui circulent sur ces plateformes. En voici trois exemples.

1. Stu Pitt

André Pitre, alias Stu Pitt, s’est taillé une place importante au sein des médias alternatifs québécois et accueille la majorité des grands joueurs de groupes identitaires à son «STU-dio», un plateau de tournage partiellement financé par des dons reçus de son public. Amateur de liberté d’expression, Stu Pitt martèle que les médias de masse colportent des mensonges et que les politiques d’immigration vont mener à de graves problèmes au Québec.

Déclaration trompeuse

Stu Pitt affirme qu’en Suède, l’immigration massive aurait augmenté la criminalité, menant à la création de no-go zones, des quartiers trop dangereux même pour les policiers. «Qu’est-ce que ça a donné en Europe, des politiques d’immigration illégale ou des fois légale sans cap? Ça a donné la Suède, 53 no-go zones, capitale du viol», affirme-t-il dans une vidéo.

Les faits

La police suédoise affirme qu’aucune no-go zone n’existe dans ce pays.

«Je ne sais pas d’où vient cette rumeur, a dit Angelica Vallgren, attachée de presse de l’Autorité policière suédoise, jointe par notre Bureau d’enquête. Les quartiers dont ils parlent ont beaucoup de pauvreté, de chômage et plusieurs immigrants y habitent, mais ce ne sont pas des quartiers dangereux.»

Peo Hansen, un professeur de sciences politiques à l’Université Linköpings, en Suède, explique que le principe du no-go zone serait surtout une rumeur propagée par les partis politiques de droite, qui s’opposent à l’immigration.

«En général, les taux de criminalité suédois ne sont pas en hausse, a-t-il ajouté. Si certaines catégories le sont, ce n’est certainement pas à cause des réfugiés ou de la migration.»

2. Alex Parent

Alex Parent est le créateur des vidéos Dossier Choc, qui consistent en un condensé d’extraits de reportages traditionnels, accompagnés de textes acerbes. Ses topos et vidéos, qui mettent de l’avant plusieurs théories du complot, cumulent des millions de visionnements.

Déclaration trompeuse

Avec des mots à peine voilés, Alex Parent laisse entendre que le gouvernement nous cache la réelle identité de l’auteur allégué de l’attentat de Toronto, accusé d’avoir tué 10 piétons avec une fourgonnette en avril dernier.

«Quand l’attaquant de Toronto a été arrêté, il était chauve. Dans un sketch de cour différent dirigé par CNN, Alek Minassian ne ressemble pas du tout à la même personne, écrit-il. A-t-il reçu deux toupets tout à fait différents? Portait-il une perruque chauve hier? Nous devons nous demander ce que les autorités canadiennes tentent de cacher.»

Les faits

Le directeur des communications de la police de Toronto, Mark Pugash, a refusé de commenter, sous prétexte que la théorie du complot était trop ridicule.

En avril, cette rumeur a tellement circulé que plusieurs médias ont dû rétablir les faits.

L’illustratrice judiciaire a aussi eu à se justifier. Celle-ci a expliqué à Radio-Canada qu’elle avait dû se presser pour faire son illustration et qu’elle avait tenté de démontrer que le suspect avait les cheveux très courts, mais très foncés.

«Donc il y a une démarcation entre les cheveux et la peau», avait-elle défendu.

3. Le peuple

LePeuple.ca est un journal en ligne qui offre sa propre interprétation de l’actualité, avec des articles qui se concentrent surtout sur l’économie, l’islam et les privilèges accordés aux immigrants.

Déclaration trompeuse

Selon ce texte, «le secteur alimentaire du pays est en partie sous l’emprise de la certification halal» et les Frères musulmans nous «font» manger halal. L’auteur souligne que 80 % des aliments que l’on retrouve en épicerie «sont soit certifiés halal, donc selon les normes musulmanes, soit certifiés cachères, conformément aux lois hébraïques.»

Les faits

Selon Khadiyatoulah Fall, titulaire de la chaire de recherche interculturelle de l’Université du Québec à Chicoutimi et une sommité en matière de culture halal, nos épiceries ne sont pas du tout sous l’emprise de l’industrie halal. Le chiffre de 80 % est un amalgame dont la part du lion est composée de nourriture cachère, avance-t-il.

«En réalité, il faut parfois courir à droite et à gauche pour trouver de la bouffe halal.»

Fall soutient que le marché du halal n’est pas dominé par les Frères musulmans, mais plutôt par des entreprises occidentales, comme Nestlé.

D’après Marcus A. Boyd, un recherchiste du National Consortium for the Study of Terrorism and Responses to Terrorism aux États-Unis, ce texte tente de faire valoir un argument qui n’est tout simplement pas vrai.

«Cet article semble faire des liens ténus entre des organisations pour suggérer que l’achat de bouffe halal finance le terrorisme, ce qui est très peu probable.»

Propos haineux

En analysant la présence web de plusieurs producteurs de contenus alternatifs, notre Bureau d’enquête a remarqué que certains d’entre eux véhiculent des propos haineux ou carrément violents.

DMS / Dans Mes Souvenirs

Géré par Maxime Morin et Guillaume Beauchamp, DMS ou Dans Mes Souvenirs est décrit comme un «média indépendant pour la diversité et la liberté de tous les peuples». Certaines de leurs vidéos — surtout celles qui s’en prennent à la gauche et aux féministes — cumulent des dizaines de milliers de visionnements. Plus tôt cette année, une fuite du forum néonazi Montréal Storm a révélé l’identité de plusieurs de ses participants québécois, dont un membre qui dit être un des animateurs de DMS.

Stu Pitt

Le commentateur y va ici d’un commentaire plutôt cru à propos du «privilège des hommes blancs», un concept véhiculé par plusieurs féministes:

«Le seul privilège que j’ai, c’est de pouvoir uriner sur toi, ce que tu ne peux faire», a-t-il écrit sur Twitter en 2016.

Alex Parent

Contrarié par les publications de certains journalistes, Alex Parent a l’habitude de traiter ceux-ci de noms vulgaires que nous ne publierons pas dans nos pages.

Dans un message public sur Facebook, il a lancé un appel à la violence contre la chroniqueuse Camille Lopez, du magazine L’Actualité. Celle-ci avait démenti un reportage d’Alex Parent (vu près d’un million de fois) qui prétendait que les médias avaient voulu cacher l’agression de l’animatrice ultraconservatrice Faith Goldy lors d’une manifestation.

Parent encourage le public à «frapper» et «cracher dans la face» de Camille Lopez, affirmant que «c’est légal».

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