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Quand les militants du PQ s’accrochent à Trudeau

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles

Demandez à un militant du PQ pourquoi il croit toujours aux chances de son parti, il risque de s’empresser de vous citer l’exemple de Justin Trudeau en 2015.

Après tout, le pari était improbable. Le jeune chef libéral était troisième dans les sondages, de sérieux doutes planaient sur ses compétences. Il faisait face à des adversaires aussi redoutables que Thomas Mulcair et Stephen Harper. Et pourtant il a fracassé toutes les prédictions.

Le problème bien sûr c’est que Jean-François Lisée n’a pas le charisme de Justin Trudeau. Il peut difficilement prétendre à réinventer la façon de faire de la politique; et surtout, il n’a pas le luxe d’une campagne de 79 jours pour renverser une tendance lourde.

«Lisée doit faire comme Lisée»

Les organisateurs du Parti québécois ne se font pas d’illusion. Difficile de miser sur un alignement des planètes comme celui qui a favorisé Justin Trudeau en 2015. D’ailleurs, le climat politique au Québec n’est pas favorable au pari de larguer une bombe dans la campagne comme cette promesse de Trudeau de faire des déficits pour relancer l’économie canadienne.

C’est ainsi que demander à un stratège du PQ comment orchestrer une remontée insoupçonnée du parti au cours des 35 prochains jours, ce n’est pas de la campagne fédérale de 2015 dont il vous parlera.

Non, on cite plutôt l’automne 2016. Cette course ou un certain candidat n’avait que 6% d’appuis face à un meneur couronné d’avance. Celle où ce meneur a vu son avance s’effriter de semaine en semaine. Cette course à la direction que Jean-François Lisée a remportée dès le second tour devant Alexandre Cloutier.

Feuille de route serrée, discipline, travail de terrain, de propositions qui sortent des sentiers battus (remiser l’indépendance dans un premier mandat), voilà ce qui avait scellé le sort du leadership en 2016.

Voilà la même recette que semble vouloir appliquer le Parti québécois.

Semer les graines d’une percée

Certes, ce n’est pas avec des subventions pour les lunchs et les fournitures scolaires ou encore un «grand déblocage» qu’un parti qui tire autant de l’arrière va réussir à se propulser en tête des intentions de vote.

Mais ce sont ces propositions qui vont définir le sérieux de son option politique.

Un peu comme un cultivateur qui ensemence son champ, le Parti québécois tente ainsi de se faire au moins remarquer de l’électorat.

Le pari c’est de bâtir un capital de crédibilité, dans l’espoir de profiter d’une brèche dans la campagne pour s’imposer comme «l’alternative» aux libéraux. Jean-François Lisée et son équipe tentent de préparer le terrain pour récolter les fruits d’un bon débat, d’un dérapage de l’adversaire ou d’un imprévu d’ici le 1er octobre. La stratégie demeure risquée.

Le Parti québécois a beau aspirer à l’indépendance, en 2018, il n’est ainsi pas entièrement maître de son destin pendant cette campagne.

Trudeau 2015 ou Lisée 2016, tous les exemples sont bons pour nourrir les espoirs et surtout assurer la mobilisation des troupes.