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Michel Tremblay célébré par ses «Belles-Sœurs»

Marie-Josée R. Roy | Agence QMI

Les «Belles-Sœurs» de Michel Tremblay ont soufflé leurs cinquante bougies, presque littéralement, ce mardi, alors que plusieurs comédiennes ayant joué la célèbre pièce au fil du temps étaient réunies à la Place des Arts, en présence de l’auteur, pour souligner cet anniversaire important.

«C’est vrai que 50, c’est un chiffre impressionnant», a concédé le dramaturge, qui affirme ne pas penser souvent à l’impact et la longévité de son œuvre.

Michel Tremblay était entouré, mardi, des Denise Filiatrault, Sonia Vachon, Danièle Lorain, Évelyne Gélinas et autres actrices ayant été une «Belle-Sœur», dans l’une ou l’autre des moutures, entre 1968 et 2018.

Des gagnants de concours ont également pu jouer au bingo et regarder l’illustre écrivain recevoir une plaque commémorative soulignant son exploit.

«Juvénile»

C’est le 28 août 1968, sur les planches du Théâtre du Rideau Vert, que les interprètes originales de Germaine Lauzon et sa bande ont échangé leurs premières répliques en version théâtrale, dans une mise en scène d’André Brassard.

Quelques mois plus tôt, le 4 mars de la même année, une première lecture publique du texte de Tremblay avait eu lieu au Théâtre d’Aujourd’hui.

Une page d’histoire du patrimoine culturel québécois s’est écrite cette année-là puisque, encore aujourd’hui, «Les Belles-Sœurs» continuent de rayonner, au Québec comme à l’étranger, où leurs mots ont été traduits dans plus d’une trentaine de langues.

Chez nous, la comédie musicale créée par René-Richard Cyr et Daniel Bélanger a repris la route au début de l’été et sera encore en tournée tout l’automne.

Michel Tremblay, de son propre aveu, savait qu’il «dépassait une barrière» avec «Les Belles-Sœurs», en mettant des dialogues en joual dans la bouche de ses héroïnes du quotidien, mais il n’aurait évidemment jamais pu prévoir que son histoire de commères rassemblées dans une soirée de collage de timbres connaitrait une telle résonnance, même si, avec le recul, il ne s’en étonne pas.

«Les sociétés ont beau changer, les êtres humains restent les mêmes, les échanges entre les femmes sont les mêmes. Il y a encore des femmes qui se font violer deux fois par jour par leur mari», a-t-il observé, en relevant du même souffle le côté «juvénile» de sa fresque populaire.

«Il y a beaucoup de clichés dans les "Belles-Sœurs", s’est-il attendri. La fille enceinte, la "guidoune", la jalouse, la snob, celle qui veut qu’on la voie comme une sainte... J’avais 23 ans! J’ai ramassé tout ça, et j’en ai fait une espèce de "melting pot"», a-t-il expliqué.

Le spectacle musical «Belles-Sœurs» prendra l’affiche au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, à Montréal, du 17 au 27 octobre prochain. Pour informations : www.placedesarts.com.ENCADRÉ

Les mots des «anciennes» Belles-Sœurs

Denise Filiatrault: «Cette pièce était un chef-d’œuvre. Elle contenait tout ce qu’on voulait: du rire, de la joie, de la détresse... et même de l’espoir. C’était un tableau de nous, d’une partie de nous, de ce qu’on a été, et de ce qu’on est encore, certaines d’entre nous, aujourd’hui...»

Danièle Lorain: «J’incarnais Ginette Ménard dans la version de 1971. J’étais une petite fille, une ado, j’étais toute jeune! (rires) J’avais quatre répliques à dire. J’étais impressionnée, sans connaissance, de penser que j’allais jouer là-dedans! Je l’ai rejouée à Paris, en 1973, et à d’autres reprises. Je pense que je suis l’une de celles qui ont joué "Les Belles-Sœurs" le plus souvent, dans toutes sortes de rôles. La dernière fois, c’était dans la production de (Serge) Denoncourt, en 2003.»

Monique Giroux (qui a participé à deux lectures-anniversaires des «Belles-Sœurs», en 2008 et 2018): «On est toutes des "Belles-Sœurs". On vient toutes de là. Ma mère en est une: elle tricote des pantoufles en "phentex", elle joue au bingo. On est toutes la cousine, la belle-sœur, la sœur d’une "Belle-Sœur". Je suis tellement fière de pouvoir dire que j’ai joué "Les Belles-Sœurs", ça m’émeut, c’est un truc de fou! C’est l’une des choses les plus formidables qui me soient arrivées, et ce, sans un brin de prétention, parce que je ne suis pas actrice...»Francine Ruel: «Je jouais Germaine Lauzon dans la version montée par Denise Filiatrault en 1993. C’est un rôle qu’on aborde avec beaucoup d’humilité, qui comporte de gros monologues [...]. Ce qui est le plus formidable, c’est le second souffle qui a été apporté aux "Belles-Sœurs", ce que René-Richard Cyr et Daniel Bélanger en ont fait. Les textes avaient déjà leur rythmique, mais de leur accoler de nouvelles voix, c’est une super belle idée.»

Adèle Reinhardt : «Michel Tremblay a créé une pièce internationale et, pour être international, il faut être soi-même. Pour moi, c’est comme aller voir un Molière. C’est toujours un plaisir. J’irai toujours voir les nouvelles productions des "Belles-Sœurs", parce que ça fait partie de nous! Balzac n’est pas mort, il est parmi nous...»