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La qualité de l’éducation est-elle devenue un tabou?

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles

Lundi matin, jour de rentrée scolaire à l’École Saint-François-Solano dans Rosemont, à Montréal. Entre les enfants timides qui tiennent la main de leur parent, et les grandes retrouvailles des autres, sous un des rares arbres dans la cour Bruno Guay regarde sa fille de 10 ans, les larmes aux yeux.

Bruno Guay souffre du cancer, combien de fois encore pourra-t-il accompagner sa belle Chloé lors d’une rentrée scolaire ? La verra-t-il terminer son secondaire ? Et pourtant, il la sait chanceuse.

Chloé n’ira pas à l’école dans une classe portative cette année. Il n’y a pas de problèmes de moisissures à Saint-François-Solano; et pourtant, le système d’éducation au Québec lui donnera-t-il toutes les chances qu’elle mérite ? Bruno Guay en doute.

«On parle beaucoup de la quincaillerie, un 100 millions par-ci, un 100 millions par-là. Mais ce qui est fait en classe, comment on enseigne à nos enfants, ça les politiciens n’en parlent pas.»

L’éléphant dans la pièce

En effet si l’éducation est un enjeu pour une rare fois dans cette campagne électorale, on a l’impression que la qualité de l’éducation est l’éléphant dans la pièce.

On parle de lunchs, et de fournitures scolaires, de valorisation et de formation des enseignants, de maternelle 4 ans pour déceler plus rapidement les élèves en difficulté. On promet des milliards pour rénover les écoles décrépites et en construire de nouvelles.

Non pas que ces enjeux ne soient pas importants, au contraire. Mais où est le débat sur les problèmes fondamentaux au cœur de notre système d’éducation ?

Les signaux d’alarmes sont pourtant bien documentés.

Une étude de l’Institut du Québec faisait état en mai dernier du fait que le taux de diplomation stagne au Québec depuis 2008. Pire, les chercheurs faisaient remarquer que le taux de financement n’avait rien à voir avec cette piètre performance du Québec.

Comment expliquer que le Québec batte des records en termes de décrochage scolaire ?

Et que dire du système d’éducation à deux vitesses qui fait en sorte que 40% des élèves inscrits aux secondaires étudient à l’extérieur d’un système public de plus en plus affaibli ?

Bien sûr les réponses à ces questions sont complexes. Elles exigeraient une véritable remise en question des vaches sacrées au ministère de l’Éducation.

Bien plus facile pour les partis politiques d’offrir des solutions simples comme la maternelle à 4 ans qui permettra «d’éviter le décrochage et d’intervenir tôt», ou encore une réforme de la formation des enseignants.

«Arroser le savoir-faire, le savoir-être»

Dans la cour d’école de Saint-François-Solano, la directrice explique le thème de l’année : «On s’occupe de notre environnement», elle promet que son équipe saura «arroser le savoir-faire, le savoir-être». Car il ne faut pas l’oublier, aujourd’hui nos écoles ne sont pas seulement des lieux d’apprentissage, elles sont des milieux de vie.

Alors que les groupes se forment dans la cour, Kim Cumberbatch, laisse son fils Jason aux bons soins de sa nouvelle enseignante.

Elle a le pas léger, Jason va bien, il progresse bien. Avec lui, elle est loin de la véritable «course à obstacles» qu’elle a dû parcourir depuis des années avec son aîné William.

Neuropsychiatre, ergothérapeute, la liste est longue. Dès l’âge de 4 ans il était sur une liste d’attente pour être évalué, lorsqu’elle a enfin reçu l’appel, il était en 4e année. La famille avait déjà dépensé des milliers de dollars pour lui offrir l’appui dont il avait besoin.

Kim Cumberbatch n’est pas surprise que la «quincaillerie» de l’éducation occupe tout le débat en cette campagne électorale. Et pourtant elle le déplore.

«On parle en terme de quantité : assez de classes, assez de profs, assez de sorties, d’orthopédagogues», explique-t-elle. Et pourtant, elle reconnait qu’on passe à côté de l’essentiel.

«En bout de ligne, tout dépend du professeur. C’est triste mais pour nos enfants c’est comme une loterie.»

Or la qualité de l’éducation ne devrait pas être une loterie. C’est une responsabilité de l’État, un devoir  envers les générations futures. L’avenir de notre société en dépend.

Philippe Couillard a beau plaider que le Québec fait déjà partie des meilleurs membres de l’OCDE et qu’il veut faire du système d’éducation au Québec «l’un des 5 meilleurs au monde», il sera difficile d’y arriver si un réel débat n’a pas lieu sur les lacunes qui persistent année après année.

Et la maternelle à 4 ans que propose François Legault ne peut pas être une solution miracle non plus.

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