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L’odieux congé de François Legault? Sérieux?

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles

François Legault a osé prendre congé samedi. Il a osé prendre quelques cafés en paix le matin, relaxer et passer un peu de temps avec son épouse et ses fils, loin du tourbillon, par moments toxiques, de la campagne électorale.

Quelle horreur!

Un aspirant premier ministre du Québec ne devrait-il pas donner l’exemple, montrer qu’il est capable de faire des journées de 20 heures, sous pression pendant 39 jours le sourire aux lèvres ?

C’est du moins ce qu’ont laissé entendre ses adversaires, qui n’allaient pas manquer de remettre en question l’éthique de travail du chef de la Coalition Avenir Québec.

«Au jour 10 je cherche le précédent», s’est interrogé Jean-François Lisée.

Il est bien simple le précédent : Justin Trudeau, Stephen Harper, Thomas Mulcair, Jean Chrétien, Paul Martin, Stéphane Dion et j’en passe. Dans les campagnes fédérales, personne n’a jamais dénoncé la journée de pause que s’accordent les chefs.

Ce n’est pas qu’ils sont paresseux, c’est que c’est sain. Sain pour les chefs, sain pour leurs équipes, sain aussi pour les journalistes qui les suivent pas à pas.

Après tout, une campagne électorale n’est pas un concours d’endurance physique, c’est un test pour évaluer le jugement, les idées de ceux qui aspirent à nous gouverner.

Lancer de la boue en espérant que ça colle

Et en quoi est-ce un aveu de faiblesse que de reconnaître que «39 jours c’est long» et qu’il «faut rester de bonne humeur, commencer à se préparer tranquillement pour les débats»?

D’ailleurs, si le chef du Parti québécois n’avait pas essayé de jouer les superhéros avec un rythme de campagne aussi éreintant, il n’aurait pas perdu sa directrice de tournée la semaine dernière.

Fidèle à son habitude, Philippe Couillard a troqué l’indignation pour les sous-entendus. Tous comme en début de semaine sur le féminisme, il a laissé surtout un de ses soldats aller au front à sa place.

C’est ainsi que Sébastien Proulx s’est chargé du reste en reprochant à François Legault de vouloir se cacher et refuser de répondre aux questions sur l’affaire Éric Caire.

En effet. Démission de Stéphane Le Bouyonnec, le prêt d’Éric Caire, le rendez-vous raté avec l’UPA, la confuse «escouade économique»: la campagne de François Legault a connu assez de ratés la semaine dernière, que ce n’était pas nécessaire d’en inventer!

Encore une fois, les libéraux ont cédé à la tentation de lancer de la boue en espérant que ça colle.

À les écouter, François Legault serait non seulement sexiste, mais également paresseux. Et nous ne sommes qu’au 13e jour de la campagne! Imaginez au 37e jour!

À s’acharner ainsi, les libéraux sont surtout en train d’afficher au grand jour leur propre inquiétude. Un parti qui a le vent dans les voiles ne se sent pas le besoin de descendre dans le caniveau.

C’est leur propre éthique qu’ils ternissent en se prêtant à ce jeu. Et la valeur du débat politique en campagne électorale qu’ils minent ainsi.

Philippe Couillard le savait-il peut-être déjà. Après tout, il a cessé de faire campagne vers midi samedi, question de s’accorder une pause pendant la fin de semaine de la Fête du travail, mais ça, il ne vous l’a pas dit.