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Le maire de Chicago, minée par la violence, renonce à un 3e mandat

Proche de Barack Obama et charismatique maire démocrate de Chicago, Rahm Emanuel a annoncé mardi renoncer à briguer un troisième mandat dans sa métropole gangrénée par la violence et les bavures policières.

Alors qu'il avait déjà levé des millions de dollars en vue des élections de février 2019, l'édile de la troisième ville des États-Unis a créé la surprise lors d'une conférence de presse organisée à la dernière minute.

«J'ai décidé de ne pas me présenter à ma réélection», a déclaré cet ancien directeur de cabinet du président Barack Obama, aux commandes de la métropole de l'Illinois (nord) depuis 2011.

«Ce fut l'emploi de ma vie, mais ce n'est pas un emploi à vie», a-t-il ajouté avec émotion, sans donner de raison précise à sa décision, si ce n'est que l'heure était venue pour lui de «transmettre le flambeau».

Un temps considéré comme une étoile montante du parti démocrate, Rahm Emanuel, 58 ans, a vu sa popularité buter sur une violence endémique, liée à des guerres de gangs et au trafic de drogues.

En 2017, 675 meurtres ont été enregistrés à Chicago, plus qu'à New York et à Los Angeles cumulés, et 375 entre le 1er janvier et le 2 septembre, selon les statistiques de la police locale. Les forces de l'ordre y ont également recensé 2785 fusillades l'an dernier.

La criminalité à Chicago, où l'ex-président Obama a longtemps vécu, fait couler beaucoup d'encre d'autant qu'elle est régulièrement dénoncée par le président Donald Trump. Toutefois, rapportée à la population, la criminalité y fait moins de victimes que dans d'autres villes du pays comme St-Louis ou Baltimore.

Au-delà de ces violences, la cote de popularité de Rahm Emanuel s'est effondrée, notamment auprès de la communauté noire après la mort d'un adolescent tué en 2014 par un policier blanc.

L'édile avait été accusé d'avoir cherché à étouffer le scandale, les autorités de Chicago ayant attendu plus d'un an avant de rendre publique la vidéo montrant comment Laquan McDonald, 17 ans, avait été abattu de seize balles alors qu'il marchait dans la rue.

La diffusion de cette vidéo avait provoqué une onde de choc nationale et entraîné le renvoi du chef de la police alors en fonction à Chicago.

Le scandale avait aussi déclenché une vaste enquête fédérale, dont les résultats publiés en janvier 2017 ont conclu que les abus policiers étaient récurrents à Chicago. Ce rapport dénonçait notamment un «code du silence» en vigueur chez les policiers de la ville.

Le procès de l'auteur de cette bavure, Jason van Dyke, doit s'ouvrir mercredi, ce qui va de nouveau attirer l'attention sur la gestion de l'affaire par Rahm Emanuel.

Malgré tout, M. Obama a loué dans un communiqué un homme «infatigable et brillant» grâce auquel «Chicago est devenue meilleure et plus forte».

«J'ai été un meilleur président grâce à ses conseils avisés à un moment particulièrement périlleux pour notre pays», a-t-il ajouté. Rahm Emanuel fut son premier directeur de cabinet, entre 2009 et 2010.

S'il était resté en lice, Rahm Emanuel «aurait connu une campagne très dure», a estimé Dick Simpson, professeur de sciences politiques de l'université de l'Illinois, sur la chaîne WGN. «Mais il était tout de même le principal candidat».

Une dizaine de personnes ont manifesté leur intention d'entrer dans la course, mais aucun poids lourd à ce stade, selon le quotidien Chicago Tribune.

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