/news/elections

Chronique d'Emmanuelle Latraverse

Environnement: l’angle mort de la CAQ

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles

François Legault a fait une démonstration éloquente cette semaine: l’environnement et les changements climatiques semblent loin d’être une priorité, mais plutôt un enjeu qu’on greffe à l’économie et aux transports en commun.

Questionné à savoir quel serait son plan pour atteindre les cibles québécoises de réduire les émissions de gaz à effets de serre de 37,5% par rapport à leur niveau de 1990 d’ici 2030, il a répondu par une vague: «Je ne suis pas en mesure, dans l’opposition, d’être capable de voir si la tendance est dans la bonne direction. Si elle n'est pas dans la bonne direction, il faudra la corriger.»

On verra!

Pourtant ce ne sont pas les études sur le sujet qui manquent.

En mars dernier, le gouvernement du Québec a présenté un bilan de mi-parcours. C’était écrit noir sur blanc qu’en 2015, le Québec avait atteint la moitié du chemin à parcourir pour atteindre la cible de réduction de 20% d’ici 2020.

La ministre de l’Environnement Isabelle Melançon a même reconnu que «les efforts de réduction déjà prévus permettraient uniquement de stabiliser les émissions de GES d’ici 2020».

Une semaine ou 200 personnalités, dont plusieurs artistes québécois lançaient un cri d’alarme, invoquant le «cataclysme planétaire» qui nous guette, on aurait cru que François Legault aurait vu venir le coup.

Mais non, celui-ci attendra d’être au pouvoir pour formuler une solution globale au défi. Son silence quant à la stratégie mise en place par Philippe Couillard depuis qu’il est au pouvoir est pour le moins éloquent.

Le changement de façade?

Il serait injuste de dire que François Legault n’a rien à dire sur le sujet.

Sa solution? L’hydroélectricité. Plus de barrages, plus d’exportations vers l’Ontario et les États-Unis. Une véritable alliance énergétique.

«Aucun gouvernement depuis Robert Bourassa ne va en faire autant que la CAQ pour développer l’hydroélectricité», a-t-il promis.

Le problème bien sûr c’est que Philippe Couillard a déjà négocié une entente sur la vente de surplus d’électricité avec l’Ontario. C’est sans compter que le nouveau premier ministre Doug Ford n’a aucun appétit pour l’hydroélectricité québécoise et mise sur le nucléaire, «l’électricité produite en Ontario, pour des jobs en Ontario».

Les États-Unis? On ne peut pas reprocher aux libéraux de n’avoir pas essayé. Le gouvernement Couillard a mis tout son poids politique derrière les projets d’exportation vers le Vermont, le New Hampshire et New York.

Quelles nouvelles avenues François Legault propose-t-il ?

Terre-Neuve? Veut-il vraiment rouvrir une entente jusqu’en 2041, déjà contestée devant les tribunaux parce que jugée trop avantageuse pour Hydro-Québec?

Finalement, la CAQ promet certes de «faire plus, faire mieux» que les libéraux, mais demeure bien avare de détails quant aux moyens d’y parvenir.

Les stratèges de la CAQ vous parleront certainement d’un grand ménage du Fonds vert, des investissements majeurs prévus en transport en commun. En effet son plan de décongestion prévoit le prolongement du REM, des lignes bleue et jaune du métro, un tramway de la pointe de l’île au centre-ville, puis le long du boulevard Taschereau.

Le plan prévoit aussi le prolongement des autoroutes 13 et 19, l’élargissement de la 30 et le fameux troisième lien. Rien ici pour réduire le nombre de voitures sur les routes.

D’ailleurs, nulle part est-ce que le communiqué de la CAQ sur le «Plan de décongestion» ne mentionne les mots «changements climatiques».

La vertu climatique, peu payante...

Il faut bien l’admettre, le calcul est simple. L’environnement ne paie pas en campagne électorale. Les changements climatiques ont beau représenter une menace pour l’ensemble de la planète, ils demeurent un problème secondaire pour bien des Québécois.

Pourquoi donc prendre le risque de s’aventurer sur le terrain miné du prix sur le carbone, des efforts que devraient faire chaque citoyen?

Ce n’est pas tant la CAQ qu’il faut blâmer que les électeurs qui l’appuient. À l’ère du clientélisme politique, les partis nous offrent ce qu’on leur réclame.

Dans la même catégorie