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25 % des prêts agricoles vont à des fermes sous gestion de l’offre

Les prêteurs agricoles, qui ont comme principaux actionnaires les deux paliers de gouvernement, pourraient être tentés de ramener leur ligne de crédit, si jamais les quotas perdent de la valeur, à la suite des négociations avec les États-Unis.

«Il est certain que ça va avoir un impact. Les Québécois et les Canadiens ont investi dans la gestion de l’offre, alors si la valeur des quotas baisse, c’est tout le monde qui va payer», a affirmé Sylvain Charlebois, professeur en politiques agroalimentaires à l’Université Dalhousie.

Plus de la moitié des montants autorisés en prêts par la Financière agricole du Québec (FADQ) en 2016-2017 ont été alloués à la production laitière, dont les fondements de l’industrie sont aujourd’hui remis en question.

«Si la valeur des quotas baisse, il pourrait y avoir des révisions de prêts», anticipe M. Charlebois, qui déplore le manque de stratégies de la part des gouvernements dans ce dossier.

Ce faisant, des agriculteurs pourraient se retrouver en sérieuses difficultés financières et éprouver des problèmes à remplir leurs obligations.

La FADQ, qui compte comme principaux actionnaires les gouvernements du Québec et du Canada, a autorisé un niveau record de 1,4 milliard $ de prêts pour l’exercice financier 2016-2017, en prenant des quotas en garantie pour un total de 4,9 milliards $ de prêts. En un an, elle a accordé 3575 prêts au Québec.

Demande de crédit

Jean-Philippe Gervais, économiste en chef à Financement agricole Canada (FAC), évite de faire de la spéculation sur l’issue des négociations en cours sur le renouvellement de l’ALENA.

Cette société d’État dispose pour plus de 33 milliards $ de prêts à l’échelle du pays. La moitié des prêts sont alloués à des producteurs de l’Ontario et du Québec.

Les prêts pour les producteurs sous contrôle de gestion de l’offre représentent près de 25 % de l’ensemble du portefeuille de la FAC. Au dernier exercice financier, qui a pris fin le 31 mars dernier, la part aux producteurs de lait s’élevait à 6,2 milliards $, alors que les producteurs de volaille (incluant les œufs) ont reçu 2,5 milliards G$ de prêts.

Des terres en garantie

M. Gervais soutient que les quotas font partie d’un ensemble d’actifs pouvant être mis en garantie au moment de contracter un prêt, mais il y a aussi les terres et les bâtiments, qui ont souvent plus de valeur que les quotas. Les terres agricoles représentent près de 75 % de la valeur des actifs des fermes par rapport à un quota qui vaut environ 24 000 $ sur le marché.

Selon l’économiste en chef, les prêts alloués à des exploitations sous gestion de l’offre ne sont pas plus à risque que les autres cultures.

«On fait des simulations pour chaque demande de prêt. Pour nous, c’est standard. Ça fait partie de la routine», a-t-il ajouté.

Quelques chiffres sur la FAC

Rendement des capitaux propres à: 11,5 %

Bénéfice net: 669,9 millions $ au 31 mars 2018

Au niveau national

Prêts bruts pour tous les secteurs de production : 33,9 milliards $

Prêts bruts lait : 6,2 milliards $

Prêts bruts volaille : 2,5 milliards $

Financière agricole du Québec: L’UPA revendique encore plus de financement

L’Union des producteurs agricoles (UPA) demande au prochain gouvernement québécois de rétablir le budget annuel de la Financière agricole du Québec à 630 millions $.

Depuis 2013, le budget alloué à la Financière agricole du Québec (FADQ) a diminué d’année en année, déplore l’UPA.

Pour l’exercice 2016-2017, l’écart entre le budget prévu (630 millions $) et le budget réel (438 millions $) a été de 192 millions $. L’UPA estime que les écarts enregistrés depuis six ans ont privé les coffres de la FADQ de près de 543 millions $.

Pour saisir les opportunités des marchés, l’UPA affirme que les entreprises agricoles doivent réaliser des investissements majeurs. En plus de rétablir le budget annuel de la FADQ à 630 millions $, l’UPA demande que les surplus soient réinvestis pour moderniser et bonifier les programmes.

Fonds consolidé

«L’agriculture est déjà un puissant moteur économique pour nos régions et peut contribuer encore plus à la création d’emplois, si le prochain gouvernement est au rendez-vous», a affirmé Marcel Groleau, président général de l’UPA.

Malgré la décroissance budgétaire, la FADQ a réussi à dégager des surplus année après année qui ont été retournés au Fonds consolidé de la province. Ces surplus atteindraient 996 millions $.

«C’est donc dire que ces six dernières années, plus de 1,5 milliard $, incluant les écarts et les surplus, ont été dépensés à d’autres fins que l’agriculture et n’ont donc pas servi à moderniser les programmes et à favoriser l’investissement sur les fermes», reproche l’UPA.

Au Québec, on dénombre 28 000 entreprises agricoles qui procurent de l’emploi à près de 57 000 personnes.

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