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L’immigration, le nouveau débat constitutionnel

TVA Nouvelles

C’était écrit dans le ciel, le débat identitaire allait finir par s’imposer dans la campagne. Les propositions de la Coalition avenir Québec en matière d’immigration sont trop polarisantes pour que leurs adversaires et les médias passent à côté.

La surprise, c’est que le parti qui veut libérer le Québec de la logique fédéraliste\souverainiste s’embarque sur la voie d’un affrontement constitutionnel avec Ottawa.

Car au-delà des phrases-chocs sur la disparition éventuelle du français et la protection de nos valeurs, la CAQ propose finalement un réalignement profond des rapports avec le gouvernement fédéral par le biais de l’immigration.

Finalement, l’immigration a remplacé la souveraineté comme ligne de faille du débat électoral.

Un nouveau débat constitutionnel ou presque

Il ne faut pas se leurrer. Changer le processus de sélection des immigrants, leur donner un statut temporaire avant de leur ouvrir les voies de la résidence permanente, leur imposer des exigences en matière de francisation et d’intégration tel que le propose la CAQ ne peut pas se faire sans de difficiles négociations avec Ottawa.

Ce que François Legault propose est presque un nouveau débat constitutionnel. Ses réformes exigent qu’Ottawa reconnaisse que le Québec mérite non seulement des pouvoirs additionnels en matière d’immigration, mais surtout un droit d’adopter une philosophie profondément différente de celle du fédéral.

Il ne s’agit plus de présumer du désir des immigrants de s’intégrer, mais plutôt d’en faire une condition essentielle de leur droit de demeurer au Québec.

Philippe Couillard a beau accuser François Legault «d’attiser les braises de l’intolérance» pour marquer des points auprès de l’électorat, ce que propose la CAQ est objectivement bien plus fondamental: c’est une remise en question du multiculturalisme canadien préconisé par Justin Trudeau et ses prédécesseurs, adapté à la sauce québécoise par le PLQ depuis des années.

A-t-on peur d’un vrai débat?

Est-ce vraiment une hérésie que de dire que le Québec a un criant besoin d’immigrants, mais qu’il faut choisir les bons immigrants, ceux qui sont prêts à s’engager sur le long parcours de l’intégration et des efforts que cela exige, plutôt que de laisser cet enjeu au hasard et la bonne foi?

Si on semble encore craindre ce débat ici, les autres démocraties occidentales n’ont pas hésité à prendre le taureau par les cornes. Il s’agit de regarder du côté de l’Europe pour constater qu’adhésion aux valeurs nationales et exigences linguistiques sont la norme de l’autre côté de l’Atlantique.

La France par exemple exige des potentiels immigrants qu’ils signent un «Contrat d’intégration républicaine» dès leur arrivée et s’engagent sur un «parcours personnalisé d’intégration» qui exige 400 heures de cours de langue obligatoire et 24h de formation civique.

On retrouve les mêmes exigences en matière de langue en Allemagne, en Autrice, au Danemark, en Grèce, en Italie et en République tchèque. À vrai dire, la moitié des pays de l’Union européenne exigent la connaissance de la langue nationale comme condition de la résidence permanente et bon nombre imposent un test de connaissance des valeurs et institutions.

Et Philippe Couillard a beau accuser son adversaire de vouloir «briser des familles», plusieurs pays européens exigent également un test d’intégration à l’étranger de la part des candidats au regroupement familial.

Donc, on peut certes reprocher à la Coalition avenir Québec d’avoir développé sa politique d’immigration et d’intégration à des fins électoralistes, mais de là à insinuer que sa démarche relève d’une dangereuse droite identitaire, il y a une marge.

Or, là où le bât blesse pour François Legault, c’est qu’il réclame que le Québec ait les mêmes droits au sein du Canada en termes d’immigration qu’un pays souverain au sein de l’Union européenne.

Plus ça change, plus c’est pareil

Pour mener sa réforme à bien, c’est plus qu’une simple renégociation de l’accord sur la sélection des immigrants qu’il propose. Objectivement, il réclame le droit pour Québec d’imposer un parcours vers la résidence permanente et donc la citoyenneté canadienne différent du reste du pays, afin de lui permettre de de protéger sa culture, sa langue, son identité propre.

Or, quelles sont les chances qu’Ottawa accepte une citoyenneté à deux vitesses au pays ?

Voilà le pavé dans la marre que lance François Legault dans cette campagne électorale.

Voilà la question à laquelle les partis fédéraux devront répondre à un an d’une campagne fédérale s’il prend le pouvoir.

Même sans la menace référendaire, on en revient à la question existentielle de la place du Québec dans le Canada.

Plus ça change, plus c’est pareil.

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