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Apparences d’un conflit d’intérêts

Dubé ne se souvient plus s’il s’était retiré des réunions

Alexandre Robillard, Jean-François Cloutier, Marie Christine Trottier et Philippe Langlois | Bureau d'enquête

Le candidat de la Coalition avenir Québec Christian Dubé est incapable de préciser jusqu’où il s’est protégé des apparences d’un conflit d’intérêts quand il était premier vice-président à la Caisse de dépôt et placement du Québec.

M. Dubé a été responsable de la stratégie d’investissement au Québec de la CDPQ pendant quatre ans, jusqu’au début du mois.

Durant cette période, la société d’État a investi plusieurs millions de dollars pour l’achat d’actions de Lumenpulse, une entreprise québécoise dont l’épouse de M. Dubé, Josée Perreault, était actionnaire et administratrice.

Dans une entrevue à notre Bureau d’enquête, M. Dubé a assuré qu’il avait respecté toutes les règles en déclarant sa situation en août 2015.

«J’ai divulgué mon intérêt pour être certain qu’il n’y avait pas de conflit», a-t-il dit dans une entrevue téléphonique.

Christian Dubé a assuré qu’il était « exclu des décisions d’investissement qui ont rapport à ce dossier-là ».

Le candidat dans La Prairie a cependant été incapable de se souvenir s’il s’est retiré de chacune des réunions d’un comité qui assurait le suivi du placement boursier.

Il ne se souvient pas

«Je ne m’en souviens pas. J’ai été là pendant quatre ans, il a dû y avoir une centaine de réunions de comité d’investissement.»

Répétant qu’il était «mal à l’aise» de répondre aux questions, M. Dubé a déclaré n’avoir jamais «parlé» de Lumenpulse avec Mme Perreault quand il était à la Caisse.

Questionnée sur les mesures mises en place pour éviter l’apparence d’un conflit d’intérêts, la CDPQ a été incapable de préciser le rôle de M. Dubé par rapport au comité d’investissement chargé de suivre le placement dans Lumenpulse.

«Les décisions sont prises à la majorité des membres, a répondu le porte-parole, Yann Langlais-Plante. Ni M. Dubé ni aucun membre de ce même comité ne pouvaient prendre de décisions seuls.»

Entre novembre 2015 et janvier 2017, le « comité concerné » a fait le suivi du dossier de Lumenpulse à cinq reprises, a indiqué le porte-parole. Selon M. Langlais-Plante, le gestionnaire du placement dans Lumenpulse a agi «de façon indépendante».

Autres entreprises

La Caisse avait pourtant totalement exclu M. Dubé de la gestion d’autres placements qu’elle détient dans des entreprises québécoises où son épouse avait également des intérêts, soit BRP, où elle est devenue vice-présidente de la filiale Spyder en 2016, et Groupe WSP, dont elle est administratrice depuis 2014.

«La détention de la Caisse dans Groupe WSP dépassait le seuil du 10 % lui donnant le statut d’initié avec des droits de gouvernance, dit M. Langlais-Plante. Dans Lumenpulse, la position de la Caisse était sous ce seuil. Ce sont deux mandats et deux stratégies différents.»

La CDPQ et Lumenpulse

16 avril 2014

Arrivée en bourse de Lumenpulse. L’action vaut 20,06 $

30 juin 2014

Entre avril et juin 2014, achat de 300 000 actions de Lumenpulse par la CDPQ

15 août 2014

Entrée en poste de Christian Dubé à la Caisse de dépôt

31 décembre 2014

La Caisse détient 300 000 actions de Lumenpulse, valant 4,9 M$

10 septembre 2015

Son épouse Josée Perreault devient administratrice de Lumenpulse

31 décembre 2015

La Caisse détient 650 000 actions de Lumenpulse, valant 12,1 M$

22 mars 2016

Josée Perreault acquiert 9200 actions à 16,30 $

31 décembre 2016

La Caisse détient 1 009 100 actions de Lumenpulse, valant 18,7 M$

23 juin 2017

Lumenpulse retire son titre de la bourse. Power rachète 55 % de ses actions. Josée Perreault vend sa position et fait un profit de 58 366,70 $

3 septembre 2018

Christian Dubé annonce sa candidature pour la CAQ dans La Prairie et son départ de la Caisse.

Elle avait pour plus de 250 000 $ d’actions

La femme du candidat caquiste Christian Dubé, Josée Perreault, détenait un intérêt financier substantiel dans la firme Lumenpulse au moment où la Caisse en était actionnaire.

Josée Perreault est entrée au conseil d’administration de Lumenpulse en 2015. Ses intérêts financiers dans l’entreprise sont passés de 0 $ cette année-là à 186 694 $ en 2016 et à 253 045 $ en 2017, selon des documents financiers.

Les déclarations de transactions d’initiés montrent que Mme Perreault a fait l’acquisition de 9200 actions de Lumenpulse en une seule journée en 2016, pour près de 150 000 $.

À la même époque, Christian Dubé agissait comme chef des placements pour le Québec pour la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Dans le rapport annuel 2014 de la Caisse, la firme Lumenpulse est citée comme un des investissements phares de la Caisse au Québec. Dans la même section sur le Québec, on indique que la Caisse s’est dotée d’une nouvelle première vice-présidence pour le Québec, occupée en l’occurrence par Christian Dubé.

Investissement triplé

L’investissement de la Caisse dans Lumenpulse est antérieur à l’entrée en poste de Dubé, mais la Caisse a plus que triplé ses investissements dans l’entreprise après son arrivée.

La Caisse affirme que « la position de Mme Perreault n’a en aucun cas influencé les décisions » du gestionnaire du placement.

Josée Perreault a de plus fait partie d’un comité spécial composé de trois personnes (où siégeait incidemment également Pierre Fitzgibbon, un autre candidat de la CAQ) visant à se pencher sur la possibilité de faire sortir Lumenpulse de la Bourse en 2017.

C’est finalement un consortium formé par Énergie Power, une filiale de Power Corporation, et le fondateur et président de Lumenpulse, François-Xavier Souvay, qui a racheté les actions de Lumenpulse pour 600 millions $ en 2017, en offrant aux actionnaires une prime de 85 % sur le cours de l’action.

Dans le cadre de cette transaction, Mme Perreault a pu encaisser un profit estimé de 58 000 $.

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