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Prostitution, drogues et violences

«J’ai été violée plein de fois»: témoignage-choc d’une femme itinérante

TVA Nouvelles

Les refuges pour femmes itinérantes débordent, et alors que les besoins sont toujours plus criants, l’enjeu est peu abordé lors de la campagne électorale.

Actuellement, 20 places sont ­­disponibles à la Maison Jacqueline, mais l’organisme arrive à faire dormir 24 femmes chaque soir, une situation de débordement quotidien.

«Dans les centres de jour, au mois d’août on a eu à peu près 1400 présences. Au mois de juillet, on a eu presque 690 demandes de lit d’urgence, et on a été obligé de faire 380 refus par manque de place», explique Ann-Gaël Whiteman, coordonnatrice de la Maison Jacqueline.

Elle urge le gouvernement à ouvrir plus de lits d’urgence et à investir plus d’argent pour les femmes sans-abri, victimes de nombreuses violences dans la rue.

«Il faut qu’on puisse leur trouver des places à long terme», insiste-t-elle.

Une vie d’enfer

TVA Nouvelles a été à même de constater la violence et le calvaire que vivent ces femmes quotidiennement.

Diane, nom fictif, vit dans la rue depuis de nombreuses années. La femme dans la trentaine a commencé à consommer des drogues dures alors qu’elle fréquentait un homme violent.

«Je suis tombée dans la rue... pas parce que je voulais être dans la rue! J’habitais à Pointe-aux-Trembles, j’avais un appartement, puis je suis sortie avec un gars qui se piquait. Il a commencé à me piquer. Je suis tombée dans l’enfer de la drogue. Je ne payais plus le loyer. Il m’a tellement battue, que je suis tombée dans le coma. Quand je me suis réveillée, j’étais dans la rue, je n’avais plus rien. L’huissier est passé, l’appartement était vide. Qu’est-ce que tu veux faire dans ce temps-là?», raconte-t-elle.

C’est pour oublier un passé difficile qu’elle consomme.

«Je me suis fait battre et violer quand j’étais jeune. J’ai arrêté de parler pendant un an et demi», livre la femme avec aplomb.

Pour pouvoir payer sa drogue, elle a commencé à se prostituer.

«Je fais des clients, je vais dans les hôtels. Il y a plein d’hôtels sur St-Hubert, sur De Maisonneuve, sur St-André...Sur St-André l’hôtel qui est là c’est un ‘’crackhouse’’», explique-t-elle.

Une vie dangereuse, où les agressions sexuelles et autres violences ne sont pas rares.

Drogue dans le vagin

«Je me suis fait battre par des gars dans un hôtel coin Jeanne-Mance et Sherbrooke. Ils m’ont «dépluggée», parce que tu sais desfois on cache notre drogue dans notre vagin», détaille Diane.

«J’ai été violée plein de fois. Une fois derrière le McDo en face de la Place Dupuis. C’était l’hiver. Mes pieds avaient des engelures. C’est la police qui m’a trouvé et qui m’a apporté à la Maison Jacqueline.

Malgré ses tentatives pour s’en sortir, l’attente est tellement longue pour obtenir un logement qu’elle affirme qu’il faut survivre des mois dans la rue avant d’être appelé.

Le défi du retour à la vie normale est gigantesque pour les femmes comme Diane.

«Tu vas dans les centres d’hébergement un mois. En un mois tu ne peux pas changer. Juste changer l’adresse pour recevoir ton chèque de bien-être, après il faut arrêter de consommer. Là, tu n’as pas de vêtements. Tu ne peux pas aller te chercher une job avec les mêmes vêtements pendant une semaine. T’as pas d’argent, pas de lunch, le BS ne te donne pas assez. Tous les logements pas chers ou subventionnés, t’es sur une liste d’attente. Ils te disent que tu es la 75e sur la liste. Avant qu’ils arrivent à ton numéro c’est un an et demi, deux ans dans la rue!»

***Voyez l’entrevue intégrale avec Diane dans la vidéo ci-dessus***