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Lac Cacaoui

Elles ont nagé pour sauver leur vie

Mathieu Morasse

 - Agence QMI

Avec deux ados, une femme a nagé pendant des heures pour assurer sa survie après avoir vu son mari sombrer et avoir dû abandonner son beau-frère mort dans ses bras.

Sonia Poirier, 45 ans, n’oubliera jamais l’image de son mari, Bruno Simard, 41 ans, et du frère de celui-ci, Lucas Simard, 38 ans, lorsqu’ils ont sombré dans le lac Cacaoui, à 100 kilomètres au nord de Port-Cartier sur la Côte-Nord.

Les trois adultes prenaient place dans une chaloupe le 8 septembre. Sa fille Félicia Simard, 13 ans, et l’amie de celle-ci, Claudia Bergeron, 12 ans, les accompagnaient. Avec le froid, les adultes ont mis des épaisseurs de vêtements et n’étaient pas capables d’attacher leur veste de flottaison.

Vers 12 h 30, la chaloupe s’est renversée en raison des vagues. Les trois ont perdu leur gilet de sauvetage. Elle a vu son mari sombrer dans le lac, tiré vers le fond par ses bottes de pêcheur qui se remplissaient d’eau.

Lucas Simard a réussi à saisir une veste de flottaison. Pendant au moins une heure, Mme Poirier et son beau-frère ont nagé en utilisant celle-ci comme une bouée. Les deux adolescentes vêtues de leur veste de flottaison nageaient près d’eux. Leur golden retriever les a suivis longtemps avant de se diriger vers le rivage.

Images gravées à jamais

«Il a nagé pendant des heures autour de nous avec la casquette de Bruno dans la bouche. C’est des images qui ne peuvent pas s’effacer», dit Sonia Poirier.

Mais à un moment donné, Lucas Simard a cessé de nager. Elle croit qu’il est mort d’hypothermie puisque l’eau était assez froide.

«J’ai porté le corps de mon beau-frère dans mes mains. [...] Un moment donné, j’ai été obligée de l’abandonner parce que j’avais les deux autres, les filles. Il fallait que je sois là pour elles», confie-t-elle.

Mme Poirier croit qu’elles ont nagé trois ou quatre heures. Elles ont finalement atteint une île déserte, exténuées.

Sonia Poirier, sa fille et son amie se sont ensuite préparées à affronter une nuit aux températures près du point de congélation. Elles ont été incapables de faire du feu. La mère a enduit les pieds nus des jeunes de baume à lèvre trouvé dans ses poches. Elle a aménagé un lit de branches de sapins sur lequel elles se sont blotties.

Nuit d’horreur

«La nuit d’horreur qu’on a passée sur l’île... Ç’a été la nuit la plus froide. On s’est collées pour conserver notre chaleur. J’avais toute la langue brisée à force de claquer des dents», se souvient-elle.

Les trois naufragées ont été secourues sur l’île le lendemain après que leur voisin de camping eut signalé leur disparition. «On a réussi à s’en sortir. Je ne m’attendais pas à ça», avoue la mère.

Leur golden retriever a lui aussi été retrouvé sain et sauf.

Sonia Poirier décrit son époux Bruno Simard comme un père pour qui la famille était sacrée.

La Sûreté du Québec n’a pas encore retrouvé les corps de Bruno et de Lucas Simard. La profondeur du lac Cacaoui dans le secteur concerné dépasserait les 300 pieds par endroits.

«Les corps pas retrouvés [...] je ne passerai pas au travers, c’est vraiment dur. Mais au moins, ils sont partis ensemble dans ce qu’ils aimaient tous les deux», se console-t-elle.