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Projet de 100 millions

Longueuil veut son centre d’entretien de calibre mondial pour la C-Series

Francis Halin

 - Agence QMI

Francis Halin

Après l’usine à 500 millions $ de Molson, Longueuil mène une bataille pour mettre la main sur le futur centre d’entretien de la C-Series, avec un projet de 100 millions $ dont «Le Journal de Montréal» a obtenu copie.

«La lutte n’est pas au Québec. Pas plus qu’avec les autres provinces. Nous, c’est le marché américain qu’on veut aller chercher. Ce sont les États-Unis que l’on vise», lance le promoteur du centre et ex-représentant syndical des employés d’Aveos, Jean Poirier.

Quand Air Canada a acheté ses 75 avions de Bombardier, il y a deux ans, elle a promis d’en faire l’entretien au Québec. Aujourd’hui, Jean Poirier, de Pro Maintenance Aviation (PMA), dit avoir entre les mains l’étude de faisabilité d’un projet de «calibre mondial».

En gros, le projet de 100 millions $, en partenariat public-privé (PPP), comporte trois hangars: deux pour l’entretien et la réparation des avions et un troisième pour l’École nationale d’aérotechnique.

En deux ans, sa construction créerait plus de 673 emplois, selon le modèle d’affaires de la firme Mallette présenté aux élus il y a quelques jours. Pour cette période, ses retombées économiques sont estimées à plus de 54 millions $.

Une fois en marche, le centre aurait besoin de plus de 267 travailleurs par année, majoritairement des techniciens.

«On ne veut pas que ce soit un projet public, payé 100 % par le public. On veut aller chercher un Bombardier et un Airbus», insiste Jean Poirier, qui a maintenant besoin de 1,5 million $ de Québec pour son bureau de projet.

Fait au Québec

«On a inventé la C-Series. On a inventé la technologie. C’est nous qui avons les cerveaux. Maintenant, il ne faut pas que ça s’en aille ailleurs. Il faut que ça reste ici», estime pour sa part le directeur général de l’École nationale d’aérotechnique (ÉNA), Sylvain Lambert.

Le numéro 1 de l’ÉNA rêve de voir ce centre dans sa cour pour tripler son nombre d’étudiants. Quelque 400 diplômés franchissent ses portes chaque année alors qu’il pourrait en accueillir plus de 1300.

«Un emploi sur 25 à Longueuil concerne l’aéronautique. On dit au gouvernement du Québec: “C’est ici le meilleur endroit pour le faire”», rappelle de son côté la mairesse de Longueuil, Sylvie Parent.

Pour Jean Poirier, ce nouveau centre permettrait au Québec de redevenir une plaque tournante en maintenance d’aéronefs, ce qui n’est plus le cas comme en 2012, déplore-t-il.

Plus que la C-series

En plus des avions de la C-Series, aujourd’hui l’Airbus A220, M. Poirier vise le marché des A320, 737, 777, A330, A350. Il a dans la mire les moyens-porteurs des grandes compagnies américaines.

«Les feux sont au vert», dit-il. Le Québec a tout ce qu’il faut pour séduire les Américains, selon lui. Aux États-Unis, un technicien gagne entre 80 $ et 90 $ l’heure, alors qu’au Québec, son taux horaire avoisine les 75 $, raison de plus pour attirer nos voisins du Sud.

Pour Gilles Talbot, ex-employé d’Aveos qui a fait partie des 1800 personnes mises à la porte il y a six ans, la construction de ce centre redonnerait un peu de fierté aux travailleurs québécois.

«On n’aurait pas à subir ce que l’on a subi en 2012. Cette compagnie-là serait à nous, ici au Québec. Il n’y aurait pas de mises à pied après deux, trois ou quatre ans. Ça serait notre entreprise», a-t-il conclu.

Lors de la visite du «Journal», vendredi, les candidats des quatre principaux partis politiques du coin étaient présents pour manifester leur appui au projet, à l’exception du Parti libéral du Québec.

Le centre en chiffres

Terrains et travaux: 4 millions $

Trois hangars: 50 millions $

Équipements: 23 millions $

Services professionnels: 6 millions $

Dépassements possibles: 17 millions $

Total: 100 millions $

Le marché de l’entretien en chiffres

Monde: 100 milliards $

Amérique du Nord: 26 milliards $

Source: Modèle d’affaires du Centre d’excellence nouvelle génération de Mallette