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Rentrée à Ottawa sur fond d’échéance électorale

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles

À la même date l’an prochain, le Canada sera plongé en campagne électorale. Et à un an du scrutin, Justin Trudeau demeure hanté par ses promesses de 2015.

Rappelez-vous le 17 septembre 2015. C’était le débat des chefs sur l’économie à Calgary. Justin Trudeau s’apprêtait à prendre la tête dans les intentions de vote.

Ah ! Si seulement gouverner était aussi simple que de se faire élire...

Car au-delà du répit à la classe moyenne, les grands chantiers promis par le chef libéral demeurent en suspens. Économie, énergie, autochtones, immigration, ses « voies ensoleillées » se sont assombries.

Le poker de l’ALENA

Le 17 septembre 2015, Justin Trudeau, chef du 2e parti d’opposition, plaidait que «les Canadiens s’inquiètent pour leurs emplois».

Aujourd’hui premier ministre, il risque fort de se le faire remettre sur le nez lors de la première période des questions de la rentrée.

Investir massivement dans les infrastructures ne suffit plus pour sauvegarder l’économie. Son avenir réside entre les mains d’un président Trump intempestif, obsédé par l’idée de mettre ses interlocuteurs à genou.

Gestion de l’offre, défendre le fameux chapitre 19 sur la résolution des conflits, exception culturelle, les lignes rouges du Canada valent-elle de renoncer à un accord si ce n’est pas « un bon accord » comme le plaide le premier ministre? Faut-il profiter de l’affaiblissement de Donald Trump pour maintenir la ligne dure? Ou plutôt sauver les meubles?

Le gouvernement Trudeau se retrouve au cœur d’une immense partie de poker dont il n’a pas le plein contrôle.

L’équilibre rompu entre pipelines et changements climatiques

Ce soir du 17 septembre 2015, Thomas Mulcair avait alors attaqué Stephen Harper sur sa stratégie énergétique : « Il a mis tous ses oeufs dans le même panier, et il a laissé tomber son panier ! »

Trois ans plus tard, on pourrait adresser la même critique à Justin Trudeau.

Comme tant d’autres enjeux, l’équilibre pipeline-changements climatiques s’est révélé bien plus facile à dire qu’à faire.

Le projet Trans-Mountain en Colombie-Britannique est sur la glace depuis un jugement dévastateur de la Cour fédérale. Surtout, nombreux sont ceux qui s’inquiètent que cet échec alimente les doutes sur la capacité du Canada d’attirer des investissements et accomplir de grands projets.

Puis sur le front des changements climatiques, le plan libéral est non seulement contesté devant les tribunaux par l’Ontario et la Saskatchewan, de plus en plus de voix s’élèvent pour remettre en question le sérieux des efforts engagés par ce gouvernement dans la réduction des gaz à effets de serre au pays.

Lui qui dénonçait les cibles médiocres de Stephen Harper, Justin Trudeau n’a pas encore donné le coup de barre qui permettrait de les atteindre. Pire, son gouvernement a dilué ses objectifs sur le prix du carbone, et reporté la mise en œuvre des normes sur les combustibles propres, pourtant jugées essentielles au virage vert que doit emprunter le Canada.

Difficile de ne pas conclure que le panier énergie-environnement est en train de lui glisser des mains.

La politique des bras ouverts

Qui a oublié la promesse phare des libéraux en 2015 d’accueillir 25 000 réfugiés syriens? Comment oublier la mobilisation nationale qui s’en est suivie?

Qui a oublié les accolades que Justin Trudeau s’était values en janvier 2017 avec son appel aux migrants face à l’intolérance de Donald Trump?

Et pourtant la même politique des bras ouverts, qui a contribué à redéfinir la marque de commerce libérale, est en train de fragiliser sérieusement ses appuis.

Et ce n’est pas en faisant la morale aux électeurs inquiets sur la force de la diversité que son gouvernement réussira à calmer le jeu. Il s’agit de voir les statistiques accablantes sur le traitement des demandeurs d’asile pour expliquer le ressac qui se dessine au sein de la population sur cet enjeu.

Là encore, la promesse était noble, mais sa mise en œuvre est semée d’embûches.

Un an pour agir

Et oui, la campagne fédérale vient de commencer, informellement du moins.

Une chose est certaine. Au-delà du ton et des sourires, Justin Trudeau a du pain sur la planche s’il veut dissiper cette impression qui s’installe qu’il est un «beau parleur petit faiseur».

À moins bien sûr que Doug Ford et ses excès en Ontario ne lui offrent le vilain idéal pour redorer la marque libérale... Mais ça, c’est pour une autre chronique.

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