/news/law

Un entrepreneur responsable de la mort d'un employé écope de la prison

Michaël Nguyen | Journal de Montréal 

Pour la première fois au Québec, un entrepreneur responsable de la mort d’un de ses employés a pris le chemin de la prison, bien que la peine de 18 mois ne soit pas suffisante aux yeux des proches de la victime.

«C’est une déception totale, mon père est mort enterré vivant, il a été exploité», a commenté Karine Gallant-Lévesque, la fille de Gilles Lévesque, juste après la condamnation de Sylvain Fournier, ce mardi au palais de justice de Montréal.

Fournier, 57 ans, était le propriétaire d’une compagnie d’excavation qui avait obtenu le contrat pour remplacer une conduite d’égout à Montréal, en avril 2012. Il y était allé avec un de ses employés, Gilles Lévesque, quand une tranchée mal sécurisée s’est effondrée sur eux.

M. Fournier a été blessé, tandis que M. Lévesque est décédé.

«Le tribunal est naturellement sensible à ce malheur qui afflige la famille de Gilles Lévesque et, conscient que rien ne peut réparer cette catastrophe, souhaite qu’elle puisse, malgré tout, trouver l’apaisement et la sérénité», a dit le juge Pierre Dupras durant la lecture de son jugement.

Homicide involontaire

Au terme de son procès, Fournier a été déclaré coupable d’homicide involontaire. Il espérait toutefois s’en sortir avec de la prison les fins de semaine, comme le suggérait son avocate Brigitte Martin. Me Sarah Sylvain-Laporte de la Couronne réclamait pour sa part trois années de pénitencier.

Pour le juge Pierre Dupras, Fournier aurait mérité deux ans de pénitencier afin de dissuader quiconque de faire comme l’accusé. Mais en tenant compte des blessures qu’avait subi Fournier, il a réduit la sentence à 18 mois de prison, suivi d’une probation de deux ans.

Assis dans la salle d’audience, Fournier n’a pas immédiatement réagi lorsque le magistrat a annoncé qu’il allait prononcer une peine d’incarcération. L’air incrédule, il s’est avancé en avant de la salle, avant d’être escorté dans le box des accusés, sous le regard des proches du défunt.

«On est déçu, vraiment déçu, a réagi la fille de M. Lévesque, en compagnie de sa mère. Ça fait six ans et demi qu’on attend, et aujourd’hui il a pris un an et demi, c’est une déception.»

S’il le désire, Fournier a 30 jours pour faire appel de la sentence. La Couronne peut également faire de même, si elle la trouve trop clémente.