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Face-à-Face: l’heure de vérité pour les chefs

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles 

Un gouvernement de la CAQ majoritaire? Minoritaire? Un gouvernement libéral? Une remontée spectaculaire du Parti québécois? Une lutte pour la balance du pouvoir?

Il est rare en politique qu’à 10 jours du vote, tout puisse arriver. Si le dernier débat des chefs est toujours important, c’est ce qui rend le Face-à-Face de ce soir absolument crucial. Il sera présenté à TVA et à LCN dès 20 h.

C’est simple, il marque le début d’une nouvelle campagne, l’opportunité pour les chefs de redéfinir le sprint final.

Voici donc le mode d’emploi pour chacun d’entre eux.

Philippe Couillard : Se faire entendre des francophones

Le calcul est simple : il est impossible pour le Parti libéral d’espérer conserver le pouvoir s’il ne réussit pas à augmenter ses appuis auprès de l’électorat francophone en région.

Le débat anglais a révélé les grandes lignes de la stratégie libérale.

Si ses adversaires voudront le forcer à défendre son bilan si impopulaire, le pari pour Philippe Couillard est de plutôt miser sur l’avenir, l’impact de ses engagements pour «faciliter la vie des familles». Pour y arriver, il doit abandonner son discours bureaucratique à coups de milliards par-ci et milliards par-là, et plutôt expliquer l’impact concret de ses promesses sur la vie des gens.

«Il est rare en politique qu’à dix jours du vote, tout puisse arriver »

Emmanuelle Latraverse

Lui à qui on reproche toujours le manque d’empathie, il doit trouver une façon de l’exprimer. Si les Québécois qui ont fait les frais de son austérité ne sont pas près de la lui pardonner, il pourrait au moins leur dire qu’il comprend leur frustration, leur colère, et qu’il compte y remédier.

Avec 68 % des électeurs qui veulent du changement, Philippe Couillard ne peut espérer inverser cette tendance lourde pendant le débat. Mais il peut brandir le risque du changement en ébranlant la crédibilité de François Legault et en attaquant la mise en œuvre de ses promesses. Les gaffes de François Legault lui offrent plusieurs angles d’attaque possible pour cimenter le doute dans l’esprit des électeurs.

Il ne s’agit pas pour le chef libéral de soulever l’enthousiasme, mais plutôt de convaincre les électeurs de se contenter du statu quo, quitte à ce que ce soit par défaut.

François Legault : Jouer le tout pour le tout

Le chef de la Coalition avenir Québec est à la croisée des chemins. Confronté à une baisse systématique d’appuis depuis le début de la campagne, il n’a pas le choix; il doit jouer le tout pour le tout lors du Face-à-Face de ce soir.

S’il ne réussit pas à rassurer les électeurs et convaincre les sceptiques qu’il est apte à gouverner, il risque d’échapper cette ultime chance de devenir premier ministre du Québec.

Les stratèges caquistes rêvent de le voir répéter l’exploit de 2014 alors qu’il avait sauvé les meubles lors de cette soirée de duels politiques. Le problème c’est que cette fois-ci, c’est LUI la cible. Surtout, il entre au débat passablement déstabilisé par les derniers jours.

François Legault doit donc retrouver sa confiance d’antan alors qu’on le disait «capable de parler au monde». Ça veut dire convaincre les Québécois qu’il veut être premier ministre non seulement pour prendre le pouvoir, mais surtout parce que l’avenir du Québec lui tient à cœur.

François Legault sera forcé de prendre des risques. Immigration, maternelle 4 ans, salaire des médecins, il devra vanter l’audace de son plan, tout en évitant de se laisser embarquer dans le débat sur la mise en œuvre pour le moins épineuse de ces promesses phares.

Pour un chef qui a lancé sa campagne en se décrivant comme le «premier ministre de l’Économie», ce serait une bonne idée qu’il en parle enfin et explique aux électeurs comment il espère créer de la richesse, accélérer la croissance économique et contrer la pénurie de main-d’œuvre,

Jean-François Lisée : Coaliser le vote souverainiste

Le chef du Parti québécois est le seul du lot qui n’aura droit à aucun répit. Il doit attaquer sur tous les fronts. Se donner les moyens de franchir le plafond de verre qui l’empêche de progresser dans les intentions de vote malgré sa bonne performance.

Pour nul autre les Face-à-Face contre Manon Massé ne seront aussi déterminants. Le Parti québécois n’a plus le luxe d’ignorer Québec solidaire. La formation de gauche menace ses châteaux forts de l’île de Montréal. Surtout, en grugeant ses appuis, QS risque de lui faire perdre des comtés ailleurs en région.

Jean-François Lisée doit donc profiter du débat pour ébranler la crédibilité du programme solidaire afin de coaliser le vote souverainiste. Sinon, ses appels aux électeurs de la CAQ qui rêvent de changement pourront difficilement être crédibles.

Voilà pour la défensive sur le flanc gauche. Le chef du PQ doit surtout intensifier son offensive contre François Legault. Au «plan brouillon» des libéraux, le PQ martèlera le manque de crédibilité du chef caquiste. À ce chapitre, ils sont des alliés.

Jean-François Lisée a beau reprocher à Philippe Couillard son déficit d’empathie, dans le feu du débat, il doit réussir à faire oublier le stratège dont se méfient les électeurs, et mettre de l’avant le chef passionné qu’ont pu côtoyer les militants du PQ depuis le début de la campagne.

La marche est haute, car pour espérer faire des gains Jean-François Lisée doit faire oublier qu’il est bon troisième.

Manon Massé: Passer le test de la réalité

Dans le contexte d’un Face-à-Face, Manon Massé n’a plus le luxe de demeurer en marge du «combat de coqs» et glisser ses propositions sans interruption pour combler son déficit de temps d’antenne.

Cette fois-ci, Manon Massé devra débattre, affronter ses adversaires, défendre son programme.

Québec solidaire doit passer le test de la réalité face à des adversaires qui ne manqueront pas de rappeler que l’argent ne pousse pas dans les arbres, et qu’il est plus facile de promettre la gratuité que de générer 12,9 milliards de nouveaux revenus dans les coffres de l’État sans mettre en péril le reste de l’économie.

Manon Massé doit réussir à gagner son duel face à Jean-François Lisée. Attendez-vous à ce qu’elle martèle que le Parti québécois s’est inspiré de plusieurs propositions solidaires (CPE, voitures électriques, plafond sur le salaire des hauts dirigeants d’entreprises qui bénéficient de fonds publics). Or, pour des raisons budgétaires évidentes, la version du PQ est plus modeste. Le message QS sera de dépeindre PQ comme un parti en manque d’idées nouvelles, de convaincre les électeurs de prendre le risque de voter pour le «vrai changement», plutôt que la version «light» qu’offre le PQ.