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Face-à-Face: Le bulletin des quatre chefs

TVA Nouvelles

Ultime réel débat entre les chefs, le Face-à-Face a donné lieu à des échanges par moment explosifs, à l’image de la tension qui plane sur cette campagne où les chefs jouent leur avenir politique. Chacun avait des objectifs clairs à atteindre durant cet affrontement de deux heures. Quel bilan en tirer? Voici mon bulletin:

Philippe Couillard: B

Philippe Couillard est arrivé au débat déstabilisé par son cafouillage sur «l’épicerie à 75$» et toute sa performance s’en est ressentie.

Lui, dont le «déficit d’empathie» amplifie le poids des choix difficiles qu’il a fait pour assainir les finances publiques, devait avant tout convaincre les électeurs qu’il comprend leur fatigue et qu’il est le seul en mesure de leur offrir un plan crédible pour améliorer l’accès au système de santé, corriger les graves lacunes du système d’éducation, assurer la prospérité de l’économie. Or, trop souvent, il s’est retrouvé dans la position inconfortable de défendre les ratés de son bilan, plutôt que de vanter les améliorations substantielles de son programme pour les quatre prochaines années.

S’il a mené le débat sur l’immigration et l’identité avec la profonde conviction qu’on lui connait sur l’inclusion, la tolérance et la protection des minorités, il n’aura pas réussi à déstabiliser François Legault sur ce front. Au contraire, il lui a offert l’occasion de se racheter.

Jean-François Lisée: C

Jean-François Lisée a été fidèle à lui-même. Le problème, c’est que le stratège en quête du knock-out a pris le dessus sur le chef politique qui devait inspirer.

Sa sortie contre la structure du leadership de Québec solidaire à la quatrième minute, en plein débat sur la santé est non seulement tombée à plat, elle a davantage servi à légitimer la menace que pose QS. Il a ainsi évoqué son côté calculateur qui soulève la méfiance, alors qu’on attendait le chef enthousiaste qui a su mobiliser ses partisans lors de ses nombreux rassemblements.

Soyons clairs: remettre en question la structure démocratico-gauchiste de Québec solidaire avec un chef dont personne n’a jamais entendu parler, un Comité de coordination nationale, et deux co-porte-parole dont on ignore les réels pouvoirs est absolument pertinent. Surtout dans le contexte actuel, alors que la formation politique rêve d’obtenir la balance du pouvoir face à un gouvernement minoritaire. Mais de jeter ce pavé dans la marre, en plein débat sur l’accès aux soins de santé, c’était faire preuve de mépris à l’endroit des électeurs qui attendaient des réponses à leurs questions sur cet enjeu.

Jean-François Lisée a ainsi envoyé le message qu’il plaçait les intérêts partisans du Parti québécois avant ceux des électeurs, de quoi faire oublier ses bons coups de la soirée.  

François Legault: B+

S’il n’est pas sorti du bois, pour la première fois depuis une semaine, François Legault a probablement dormi sur ses deux oreilles.

C’est vrai, sa ligne sur «les seuls qu’on veut expulser au Québec, c’est le Parti libéral» était facile, mais elle lui a permis de reprendre l’offensive sur cet enjeu dans lequel il s’est systématiquement embourbé. Ses excuses pour ses erreurs, sa défense de Bouchard-Taylor sur le voile auront fini de le ramener sur un terrain qu’il partage avec les électeurs tentés par son option. Finalement il aura réussi à tenir tête à Philippe Couillard et les idéaux de la Charte. Si seulement on avait l’impression qu’il y croyait vraiment, il aurait gagné le débat.

Intégration, valeurs, français, François Legault s’est placé en défenseur des valeurs québécoises, un élément non négligeable pour un chef qui doit s’attirer les faveurs des électeurs nationalistes.

Santé, éducation, finances publiques, il a réussi à éviter de s’enliser dans les détails. Ce qui ne veut pas dire que ceux-ci ne planent pas toujours sur la crédibilité de son programme.

Les doutes demeurent. Au moins aura-t-il pu réussir à reprendre le dessus sur son discours.

Manon Massé: A-

Quel chef de parti aurait pu rêver d’arriver au débat porté par le chant de ses partisans? Manon Massé. Et elle ne les a pas déçus.

Celle dont, en début de campagne, on remettait en question la capacité de porter le flambeau solidaire a démontré que les convictions surmontent bien des écueils.

Lors de ce Face-à-Face, elle a réussi un parcours sans faute.

Ses détracteurs maintiendront que le programme de Québec solidaire ne tient pas la route, mais ce n’est pas à eux qu’elle s’adressait.

Manon Massé visait ceux qui en ont marre du cynisme, ceux qui rêvent d’une société plus juste, ceux qui se contentent de manger du riz et des nouilles pour payer leurs frais de dentistes ou leur scolarité, ceux qui s’indignent de voir les changements climatiques relégués à l’arrière-plan.

À tous ces électeurs, Manon Massé a envoyé le signal qu’elle peut tirer son épingle du jeu dans la cour des grands. Surtout, elle a su tenir tête, sans hausser le ton, face à son rival intellectuel du Parti québécois.

Sa position d’outsider dont les gains profitent à la fois au PLQ et à la CAQ fait en sorte que ses adversaires ont bien évité de trop l’attaquer. Sa force sert leurs intérêts le jour du scrutin face au Parti québécois. Il faut l’avouer, elle l’a eu plus facile.

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