/finance/homepage

16,50 $/h pour laver la vaisselle

Aux prises avec une pénurie de main-d’œuvre qualifiée de «catastrophique», des restaurateurs prennent les grands moyens en offrant un salaire horaire de 16,50$ à ceux qui sont prêts à venir laver leur vaisselle.

Pour ces plongeurs, il s’agit d’une offre mirobolante qui se situe 37% au-dessus du salaire minimum de 12$ de l’heure.

À LIRE ÉGALEMENT

Sur le point d'accoucher dans son commerce

«On ne passe même plus d’entrevues. Aussitôt qu’on en trouve un, on l’engage et souvent on est obligés de le payer plus cher que ce que ça vaut. Sinon, quelqu’un d’autre va lui offrir», relate Alex Lehouillier, chef exécutif du Portofino Vieux-Québec.

«C’est un des corps de métier les plus plates et les moins valorisés», pointe le gérant d’un restaurant de Québec pour expliquer l’impopularité de cet emploi, ce qui rend le recrutement d’autant plus difficile.

 

«Énorme»

Pour la copropriétaire du Buffet de L’Antiquaire, Mélanie Latulippe, qui a affiché un salaire allant jusqu’à 16,50$ de l’heure pour ses plongeurs cet été, il s’agit d’une rémunération «énorme», admet-elle.

«Habituellement, un plongeur est payé environ le salaire minimum, dit-elle. Il nous en fallait deux pour fournir. Quand tu comptes les quatre cuisiniers, le staff au service... tu ne peux pas arriver.»

Ces salaires hors norme n’ont toutefois pas l’effet escompté pour solliciter du sang neuf, a-t-elle déploré. Ses offres d’employés répétées depuis le mois d’avril sont restées lettre morte, que ce soit pour la cuisine ou le plancher. «On n’a pas eu un seul CV.»

Deux cuisiniers sans emploi après une fermeture de restaurant sont finalement venus regarnir ses troupes tout récemment grâce au truchement d’un contact.

«On paye bien [nos employés], mais on n’en a pas plus. Je ne pense pas que c’est juste une question de salaire», relativise Mme Latulippe, qui s’est tournée vers l’immigration pour recruter deux cuisiniers, un Colombien et un Mexicain.

Leur arrivée en décembre sera l’aboutissement de démarches fastidieuses auprès du ministère de l’Immigration qui auront duré plus d’un an.

Denrée rare

Deux groupes Facebook réunissant quelque 14 000 membres permettent de mettre en contact de façon quasi instantanée les restaurateurs et de potentielles recrues à Québec.

Début septembre, les rares plongeurs qui y offraient leurs services recevaient au bas mot une trentaine d’offres d’emploi en à peine quelques heures.

«C’est comme si tu tires un morceau de viande dans un groupe de lions. C’est sûr qu’ils vont se l’arracher», illustre Jonathan Coulombe, chef cuisinier dans un restaurant Cosmos.

Magasiner son emploi

Si les plongeurs sont les plus recherchés, de l’avis des restaurateurs, ceux qui aspirent à occuper la cuisine ou à s’affairer sur le plancher ne sont pas en reste. Après sept ans à occuper le même emploi, Marc-Antoine Julien a décidé d’offrir ses services dernièrement pour faire le saut dans la restauration comme serveur.

«On peut quasiment magasiner notre emploi tellement il y a des offres différentes dans différents domaines. C’est le temps d’essayer de nouvelles affaires», dit l’homme de 23 ans.

Mehdi Malaka, un cuisinier qui a lui aussi opté pour Facebook pour se dénicher un nouvel emploi, a reçu pas moins d’une quarantaine d’offres en une semaine.

«Je me suis fait attaquer!, s’exclame-t-il. Je savais qu’ils étaient en manque d’employés, mais pas à ce point.»

Ouvertures limitées

Déjà la réalité de nombreux endroits depuis des mois, la situation semble prendre de l’ampleur alors que d’autres songent à réduire les heures d’ouverture, voire à fermer boutique certaines journées. «Il y a une limite qu’on ne peut pas franchir, avertit Mélanie Latulippe, copropriétaire du Buffet de L’Antiquaire depuis 2007. Le pire, c’est qu’on vient de vivre deux des plus belles années en restauration.»

Plus cher l’assiette?

Si les salaires augmentent, ce sera au détriment des consommateurs qui paieront plus cher leur repas au restaurant, préviennent des restaurateurs, qui évoquent les marges de profit qui sont déjà minces en restauration. «C’est un business. Il faut faire de l’argent», plaide le gérant d’un restaurant de Québec qui a préféré garder l’anonymat.

À l’enchère

En plus d’avoir à jouer du coude pour s’adjoindre de nouveaux services, les employeurs sont à la merci de ceux qu’ils courtisent. «Ils ont le gros bout du bâton, lance le propriétaire du Rideau Rouge, Alain Tremblay. Ça devient une vente aux enchères. Les salaires en cuisine ont presque doublé en l’espace de trois ans. Pour les restaurants, c’est très grave. On est obligés de monter nos prix.»

Guerre de tranchées

Tous les moyens sont bons pour se procurer du nouveau personnel. Certains vont jusqu’à marauder dans des établissements compétiteurs pour dénicher des employés. «C’est de bonne guerre», croit la gérante du Bar Saint-Josef, Caroline Beaulieu.

 

Dans la même catégorie