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«Pourquoi pas un gouvernement minoritaire?»

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles

Un fort désir de changement, des doutes qui subsistent quant aux alternatives, un électorat divisé. À une semaine du scrutin, la perspective d’un gouvernement minoritaire le 1er octobre au soir semble bien réelle.

Et si c’était une bonne chose?

On associe souvent à tort les gouvernements minoritaires avec une certaine instabilité politique.

C’est vrai, les minorités offrent leur lot de grandes tensions et de mélodrames politiques. Après tout le gouvernement doit négocier à la pièce le passage de chacune de ses initiatives législatives. Avec chaque budget, la menace d’une élection offre l’opportunité d’un difficile bras de fer entre le gouvernement et l’opposition.

Or justement, est-ce qu’un gouvernement minoritaire n’offrirait justement pas à la population le genre de gouvernement qu’elle désire?

Je ne parle pas d’un gouvernement de droite, ou de gauche. Mais un gouvernement obligé de gouverner non plus seulement en fonction de ses propres objectifs stratégiques, mais plutôt des intérêts d’une plus large proportion de l’électorat.

Dans un système électoral, ou un parti politique peut prendre le pouvoir et avoir carte blanche pendant quatre ans avec l’appui d’à peine 38% des électeurs, l’obligation de compromis qu’impose une minorité ouvre la porte à un exercice bien plus démocratique.

L’exemple de Stephen Harper

C’est vrai, au Québec, Stephen Harper est rarement cité en exemple. Or, il a gouverné minoritaire pendant plus de cinq ans. Et c’est grâce à son statut minoritaire que le Canada a si bien surmonté la crise financière et économique de 2008.

En pleine campagne électorale, le chef conservateur avait minimisé l’importance de la menace qui planait sur l’économie canadienne alors que les marchés s’effondraient. Son premier réflexe lors de sa mise à jour économique avait été de maintenir le cap sur le déficit zéro.

Or, c’est la menace d’une coalition Ignatieff-Layton-Duceppe qui l’avait fait fléchir. Après une longue pause parlementaire, il avait finalement renié le dogme du déficit-zéro-à-tout-prix pour faire ce qui s’imposait et investir massivement dans la relance de l’économie canadienne.

La négociation avant le bâillon

La beauté d’un gouvernement minoritaire, c’est aussi que l’Opposition détient un réel pouvoir.

C’est ainsi que Jack Layton a forcé Stephen Harper à bonifier l’assurance-emploi pour les travailleurs âgés de 1 milliard de dollars.

C’est aussi grâce à Gilles Duceppe que Paul Martin, minoritaire, s’était engagé à respecter intégralement les compétences des provinces lors de son premier discours du Trône.

Libéraux et caquistes avaient également forcé le gouvernement Marois à renoncer à une hausse d’impôts.

C’est le lot des minorités, la négociation avant le bâillon. Chacun des partis se voit forcé de tempérer ses intérêts partisans en faveur de gains plus concrets pour les électeurs.

Réforme électorale en vue?

Manon Massé a été claire et précise : le prix de quelque appui que ce soit de Québec Solidaire à un gouvernement minoritaire passera par l’adoption d’une réforme du mode de scrutin. François Legault minoritaire serait certainement obligé de s’y engager. Il serait intéressant de voir si un gouvernement libéral minoritaire serait également obligé de finalement céder face au front commun de l’Opposition sur ce point.

François Legault, dimanche soir, a bien ouvert la porte à négocier sur le front de l’environnement avec QS.

Le PQ et la CAQ veulent rouvrir l’entente sur le salaire des médecins. Tous promettent de réinvestir pour améliorer les conditions de travail des infirmières dans le système de santé. Le PLQ et le PQ veulent investir massivement dans les soins à domicile.

L’impératif d’améliorer les conditions dans les CHSLD, de rénover les écoles, d’investir en transports en communs sont partagés.

C’est la beauté de cette campagne où tous ont courtisé le même électorat à coup de promesses semblables, les terrains d’entente possible entre les partis sont nombreux.

Encore faudrait-il que le futur gouvernement et les partis d’opposition acceptent de mettre les intérêts de leurs citoyens avant leurs intérêts partisans....

Encore faut-il que les électeurs ne cèdent pas au chant des sirènes du vote stratégique et votent selon leurs convictions.... C’est vrai le choix serait plus facile avec un nouveau mode de scrutin.

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