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Chronique d'Emmanuellle Latraverse

Les oubliées de cette campagne

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles

Récemment, une femme a été forcée de s’exiler à 250 kilomètres de chez elle, faute de place dans une maison d’hébergement à proximité de chez elle.

Une autre, en Outaouais, a passé la nuit dans sa voiture, terrorisée à l’idée que son conjoint violent la retrouverait. Elle n’avait pas le choix, le centre d’hébergement était plein à craquer.

Des histoires comme celles-ci, Louise Riendeau du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale en entend régulièrement.

Près d’un an après la vague de mobilisation #moiaussi, un an après cette prise de conscience collective, elle aurait cru que la violence contre les femmes, les inégalités auxquelles elles font face seraient finalement abordées dans le cadre de la campagne électorale.

Mais non. Tout au plus en a-t-on parlé dans des débats d’initiés, en marge de celle des chefs.

«On a l’impression que les politiciens pensent que tout est fait, qu’il n’y a plus d’amélioration à apporter, explique Louise Riendeau. Or c’est faux.»

Il faut l’avouer, à côté des familles de la classe moyenne, les victimes de violence sexuelle ne semblent pas une clientèle politique très payante.

La violence sous le radar

Les familles débordées par les lunchs ont eu droit à leur annonce. Les aînés aussi, les parents d’enfants handicapés, les infirmières, les préposés aux bénéficiaires, les fermiers, les chasseurs, les étudiants, les usagers du transport en commun, ceux qui sont pris dans les bouchons de circulation, ont fait l’objet d’engagements de la part des différents partis politiques.

Côté infrastructure, on a parlé du troisième lien, du REM, des écoles, des supercliniques. Mais pas un mot, ou presque, sur les centres d’hébergement ou sur les CALACS.  

Les femmes, surtout celles victimes de violence, sont encore passées sous le radar.

«Il semble malheureusement que leur vote soit considéré aussi acquis que leur consentement», a dénoncé le Groupe des 13, un regroupement d’organismes qui viennent en aide aux femmes aux quatre coins de la province.

Ce silence accablant entourant la question de la violence faite aux femmes, la vice-cheffe du Parti québécois l’a bien remarqué.

Pas facile d’aborder ces enjeux dans le contexte ultra-partisan de l’affrontement électoral, concède-t-elle. Disons que le cri du cœur du Groupe des 13 a fini de convaincre le PQ de faire une sortie sur le sujet.

Véronique Hivon prône la création d’un tribunal spécial pour les victimes de violence sexuelle. Un peu à l’image du Tribunal de la jeunesse, il serait composé de juges et de procureurs spécialisés, question d’évacuer enfin les difficiles préjugés qui subsistent dans le domaine judiciaire.

En tout, ce sont 200 millions de dollars qu’un gouvernement du Parti québécois investirait pour assurer le financement à long terme des centres d’hébergement, organismes communautaires et des centres d’aides aux victimes.

Or au moment de son annonce, sur ce sujet fort important, 7 des 9 questions posées à Véronique Hivon ont porté sur les dissensions au sein du Parti québécois face à Jean-François Lisée.

Encore une fois, les femmes sont passées sous le radar.

Un féminisme de façade?

C’est vrai dans cette campagne on a parlé de féminisme.

On a célébré le nombre record de femmes candidates. On a célébré le combat de Lise Payette pour l’égalité.

Mais a-t-on parlé de tout le chemin qui reste à parcourir? Poser la question, c’est y répondre.

Pourtant, 80% des victimes de violence conjugale et 86% des victimes d’agressions sexuelles sont des femmes.

De plus, le débat sur l’égalité dépasse largement la violence sexuelle.

Sur le marché du travail, les femmes touchent en moyenne 16% de moins que les hommes. Soixante-seize pour cent des familles monoparentales sont dirigées par des femmes. Elles représentent 58% des travailleurs au salaire minimum.

Entreprendre des réformes dans l’appareil policier et judiciaire, lutter contre la féminisation de la pauvreté, mettre en place des mesures pour l’atteinte de l’égalité dans le monde du travail. Ce ne sont pourtant pas les idées qui manquent.

Mais, embrasser la cause de l’égalité réelle exige des débats difficiles, qui risquent d’en froisser certains. Elle exige une certaine prise de risque qui ne répond pas aux calculs électoralistes.

Les partis politiques ont, certes, abordé certains enjeux par le biais de leurs propositions sur la surcharge de travail des infirmières et des préposées aux bénéficiaires, sur la lutte contre la pauvreté, ou l’appui aux organismes communautaires.

Finalement, c’est toujours pas la bande qu’on parle des femmes.

L’égalité des femmes est encore un tabou en politique

Au-delà des débats sur les textos de Gertrude Bourdon, il est peut-être là le véritable féminisme de façade dans cette campagne électorale.

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