/finance/homepage

Traité nord-américain

Les producteurs laitiers du Bas-Saint-Laurent dénoncent l'AEUMC

Vanessa Limoges et Amélie Marcoux

 - Agence QMI

Que ce soit en Mauricie ou dans le Bas-Saint-Laurent, les producteurs laitiers ont dénoncé sans retenue l'Accord États-Unis Mexique Canada (AEUMC) conclu dimanche.

Ce traité commercial, appelé à remplacer l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) une fois qu'il aura été ratifié par les trois partis, amène une brèche dans le système de la gestion de l'offre en ouvrant 3,6 % du marché laitier aux Américains. L'AEUMC prévoit aussi l'abolition de la classe 7, qui restreignait les importations de protéines laitières servant à élaborer du fromage ou le beurre.

Dans le Bas-Saint-Laurent, où la valeur de la production laitière s'élève à plus de 250 millions $, les producteurs se désolent d'avoir servi de monnaie d'échange. «On a été donnés aux Américains. Ils sont où les avantages dans cet accord-là», a dénoncé le président des producteurs laitiers du Bas-Saint-Laurent, Gabriel Belzile.

«C'est vraiment un coup dur. Pour la relève aussi qui se pose de sérieuses questions à savoir s'ils vont continuer ou vont abandonner», a renchéri le vice-président de l'Union des producteurs agricoles de la Mauricie, René Perreault. Sa région compte 229 fermes laitières, un nombre qui a diminué de moitié ces dernières années.

«C'était facile de nous tasser un peu pour donner le libre marché à d'autres. C'est sûr que les brèches que le gouvernement canadien a consenti à d'autres pays pour la production canadienne, ça affaiblit notre système à nous, ça affaiblit la confiance des banquiers, notre confiance envers le système, ça nous remet en question à savoir si on va continuer», a fait valoir le propriétaire de la ferme Ronier, Jean-Nil Fournier.

L'abolition de la classe 7 pourrait avoir un impact majeur pour les éleveurs. «Le lait diafiltré, c'est surtout ça qui m'affecte parce que ce sont souvent des classes payantes», a souligné l'un des propriétaires de la ferme Adelme Proulx, Alexandre Proulx.

Selon le producteur laitier René Perreault, ce n'est qu'une autre perte qui s'ajoute à celles avec l'accord de libre-échange entre le Canada et l'Union européenne et l'Accord de partenariat transpacifique. «Le fait de rentrer 10 % des produits laitiers qui viennent de l'extérieur, c'est sûr que nous, nos quotas, il va falloir s'ajuster. [...] C'est un mois par année qu'on va travailler carrément pour rien et nos paiements continuent de rentrer, donc c'est vraiment des pertes énormes pour les producteurs.»

Aide fédérale

Justin Trudeau a promis, lundi, d'aider les producteurs et de les dédommager pour les pertes occasionnées par le nouvel accord.

Mais les producteurs laitiers sont sceptiques. «On parle d'une perte de 500 millions $ par année, récurrente. Ça ne fait aucun sens de vouloir compenser ça. S'il veut compenser, il va falloir que ce soit à cette hauteur-là», a souligné le président des producteurs laitiers du Bas-Saint-Laurent.

Certains producteurs craignent que ce nouveau coup porté à la gestion de l'offre force des agriculteurs à mettre fin à leurs activités.

Dans la même catégorie