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Le Québec va rater le tourisme du cannabis

Christopher Nardi | Agence QMI

À deux semaines de la légalisation du cannabis, plusieurs s’inquiètent que l’industrie touristique québécoise ne soit pas prête pour une vague de «cannatouristes», risquant de rater une occasion en or.

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«Il n’y a personne qui est prêt. Ça fait un an que je travaille dans le secteur et je vois que tout le monde de l’industrie touristique québécoise dort au gaz. Je n’arrête pas de leur dire que ça arrive vite», lance Alexis Turcotte-Noël, fondateur de l’une des rares entreprises québécoises de cannatourisme, Montréal 420 Tours.

Le 17 octobre prochain, le Canada sera le premier pays industrialisé au monde à permettre la vente et la consommation du cannabis au grand public.

Pourtant, l’industrie touristique québécoise et les entrepreneurs risquent de manquer le bateau des cannatouristes (personnes qui visiteront le pays avec l’intention de profiter de la légalisation du cannabis).

C’est ce que redoutent plusieurs intervenants de ce milieu au Canada et au Colorado, premier État américain à légaliser la substance en 2014. Bien que plusieurs États américains lui aient emboîté le pas, soulignons que le cannabis reste illégal au niveau fédéral.

Un milliard $ de revenu

«Le cannatourisme va devenir une industrie de plus de 1 milliard $ éventuellement au Canada par an, prédit Neev Tapiero, fondateur de Canadian Kush Tours et auteur du guide entrepreneurial CannaBiz. Mais les villes et les entreprises refusent de s’y intéresser jusqu’à la légalisation. »

Au Québec, M. Turcotte-Noël pointe du doigt particulièrement les hôtels, qui ne veulent rien savoir d’accommoder les cannatouristes, dit-il.

 

Pourtant, au Colorado, le cannatourisme est devenu une industrie touristique majeure après la légalisation.

Le Canada doit s’attendre à vivre une expérience semblable, croit Samantha Chin, cofondatrice du guide touristique Colorado Pot Guide.

«Il y a eu une vague massive parce que nous avons été les premiers à légaliser [...] Nous avons donc assisté à un essor immédiat du point de vue touristique. Maintenant, l’offre de cannatourisme est énorme et très diversifiée. Mais la résistance des hôtels demeure un frein important», dit Mme Chin.

En guise d’exemple, elle dit que des entreprises offrent même des cours de cuisine impliquant du cannabis, des tours de limousine dans lesquels on peut consommer du pot et même des séances de broderie à pointe de croix impliquant du cannabis pour «l’inspiration».

«Le Canada doit être prêt à offrir des endroits où l’on peut consommer du cannabis. S’il n’y a pas de lieux publics ou de logements qui permettent de consommer, les touristes vont finir par le faire à des endroits interdits», avertit Mme Chin.

Peu d’intérêt

Le son de cloche est diamétralement opposé au sein de l’industrie touristique, qui ne voit pas du tout le cannabis comme un attrait majeur au Canada ou au Québec.

«Au même titre que la cigarette et que l’alcool, ce ne sont pas généralement des éléments qui font qu’on va attirer des touristes. Ce n’est pas un élément distinctif qu’on va mettre au centre de nos campagnes de publicité et nous n’avons pas l’intention d’investir dans cet axe», explique Martin Soucy, PDG de l’Alliance de l’industrie touristique du Québec. «La légalisation n’a pas créé un engouement au sein de l’industrie, parce que le Québec a beaucoup d’autres attraits plus importants.»

Réaction identique chez Tourisme Montréal, qui assure en plus que l’organisation ne fera jamais de campagnes de publicité vantant le cannabis.

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