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Un braqueur en cavale utilisait une burqa pour se cacher

La cavale du roi de la belle aura duré trois mois et s'est achevée à 100 kilomètres de la prison française dont il s'était évadé en hélicoptère: le braqueur Redoine Faïd, qui se cachait sous une burqa, a été arrêté mercredi avant l'aube à Creil, une ville au nord de Paris où il a grandi.

Idole des apprentis délinquants des cités françaises, admirateur de cinéma et pro du braquage de fourgons, Redoine Faïd, 46 ans, surnommé «l'Écrivain» par les policiers après avoir publié son autobiographie, a été interpellé sans incident mercredi vers 02h GMT.

Redoine Faïd devait être incarcéré dans la prison de Vendin-le-Vieil (nord), ouverte en 2015 et l'une des plus sécurisées de France, selon le ministère de la Justice. Il a été présenté mercredi à trois juges d'instruction qui l'ont inculpé, notamment pour «évasion en bande organisée».

Six autres personnes ont été interpellées, dont trois avec lui dans l'appartement où deux armes à feu, des perruques et un téléphone portable ont été trouvés, a indiqué lors d'un point presse le procureur de Paris François Molins. Il s'agit, a-t-il précisé, d'un de ses frères, Rachid Faïd, d'un de ses neveux et d'une jeune femme. Un autre neveu et deux autres complices ont aussi été interpellés dans l'Oise, au nord de Paris.

Ces arrestations ont été saluées par le premier ministre Édouard Philippe qui est allé féliciter les équipes de l'opération. Le président Emmanuel Macron a également rendu hommage aux forces de l'ordre «pour l'excellence de leur travail».

L'interpellation de Faïd intervient en pleine crise au ministère de l'Intérieur, géré par intérim depuis mercredi par M. Philippe après la démission du ministre, Gérard Collomb.

Surnommé «le roi de l'évasion», l'homme le plus recherché de France a été condamné en avril à 25 ans de prison pour son rôle d'organisateur d'un braquage raté en 2010 au cours duquel une policière municipale avait été tuée.

Selon M. Molins, les enquêteurs avaient identifié une jeune femme comme étant une des complices de Redoine Faïd. Fin septembre, cette jeune femme avait pris «à bord de son véhicule une personne vêtue d'une burqa dont l'allure laissait supposer qu'il pouvait s'agir d'un homme».

«Le 2 octobre vers 22h30 (...), les enquêteurs ont vu l'individu vêtu d'une burqa sortir du véhicule (...) et entrer au domicile de la jeune femme» à Creil, a raconté le magistrat, ajoutant que, peu après, un second individu lui aussi vêtu d'une burqa les avait rejoints. Les opérations ont alors «été accélérées» et les enquêteurs ont interpellé Redoine Faïd.

Vers 03h (heure locale) du matin, «j'ai entendu du boucan», a raconté à l'AFP Alliou Diallo, un voisin du rez-de-chaussée. «J'ai vu une centaine de policiers encagoulés. J'ai compris que c'était Redoine qu'ils cherchaient».

«Les policiers se sont trompés d'appartement. Ils ont cassé la porte de mon grand-père qui a 86 ans, c'est honteux! Il est très choqué», a raconté Farah Ziane.

Le 1er juillet, en quelques minutes à peine, Redoine Faïd s'était évadé de la prison de Réau, au sud-est de Paris, aidé par un commando armé qui avait auparavant pris en otage un pilote d'hélicoptère.

Faïd s'était déjà évadé en 2013 en moins d'une demi-heure d'une prison du nord de la France, en prenant en otages quatre surveillants, utilisés ensuite comme boucliers humains. Il avait été repris six semaines plus tard en région parisienne.

Dans son livre, il avait expliqué avoir visionné des dizaines de fois le film «Heat», de Michael Mann, dans lequel un policier incarné par Al Pacino pourchasse un braqueur que joue Robert De Niro.

«Vous avez été mon conseiller technique», avait-il dit en 2009 à la Cinémathèque de Paris au réalisateur américain, interloqué, expliquant que le film l'avait inspiré pour sa série de braquages de fourgons blindés.

Il aimait raconter le trac ressenti avant le braquage «comme les acteurs». Certaines sources policières affirment qu'il a appris au contact d'anciens militaires en Israël, un pays où il s'était réfugié durant une première cavale et où il rêvait de s'installer un jour. Il y avait appris l'hébreu.

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