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La CAQ, un géant aux pieds d’argile

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles

TVA Nouvelles

Il était intéressant mercredi d’entendre François Legault rappeler à ses troupes qu’il faut que «tous les Québécois se sentent partie prenante de ce qu’on veut faire pour changer le Québec».

Cette recommandation cache bien plus qu’un regard déjà vers les prochaines élections. Il y a là surtout un aveu: ce gouvernement majoritaire de la CAQ est en quelque sorte un géant au talon d’argile.

Un Québec divisé

Car il ne faut pas se leurrer, malgré la vague bleue qui a déferlé sur le Québec lundi soir, près des 2/3 des Québécois ont rejeté le projet de la CAQ.

François Legault dirigera le gouvernement majoritaire qui a reçu l’appui populaire le plus faible de l’histoire du Québec.

Un coup d’œil aux résultats détaillés permet surtout de constater l’ampleur des lignes de faille qui sillonnent le Québec.

Il serait tentant de dire tout simplement que Montréal, et sa vaste députation libérale, puis solidaire, est isolée. Mais il ne faut pas oublier que le centre-ville de Québec aussi a tourné le dos à la CAQ.

C’est là une fracture plus profonde. On ne peut pas simplement blâmer la métropole. Le Québec est confronté à une division entre ses deux grands centres urbains, et le reste de ses régions, tout comme l’Ontario.

La Coalition Avenir Québec a beau s’être imposée comme la nouvelle voix nationaliste des Québécois francophones, elle n’a pas réussi à rallier une portion significative de ceux-ci.

Il s’agit là d’un choc de valeurs. Une vision cosmopolitaine, internationaliste, multiculturelle de la nation québécoise, contre une vision plus traditionnelle de tout un pan de la province toujours inquiète de son avenir francophone dans la mer nord-américaine.

L’épineuse question identitaire est au cœur de schisme. La montée de la CAQ démontre que les élites se sont trop longtemps contentées de juger ce malaise avec mépris, plutôt que d’essayer de le comprendre.

Lundi soir, les régions et les banlieues du Québec ont affirmé haut et fort qu’elles en ont «assez de se faire faire la morale».

Si la phrase a permis à François Legault de marquer des points en campagne électorale, il lui reviendra comme premier ministre d’y offrir des solutions constructives pour l’avenir de la société.

Elle serait là enfin, la promesse de changement offerte à tous les Québécois.

Il serait tout aussi facile d’épiloguer sur cette jeunesse qui a rejeté l’ordre établi en faveur du rêve solidaire, ou sur les anglophones et allophones cantonnés dans la vieille valeur refuge du Parti libéral d’antan, à contre-courant du reste des Québécois francophones.

Les lignes de faille sont nombreuses. Elles illustrent l’ampleur du défi auquel est confronté François Legault alors qu’il promet de rallier les sceptiques.

Le premier ministre élu a promis de transformer le Québec. Reste à voir si la politique partisane l’emportera sur les intérêts supérieurs de la nation.

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