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Soins à 15 000$

Des douleurs atroces à cause de ses dents

Hugo Duchaine | Journal de Montréal

Sabrina Xinidakis, âgée de 22 ans, souffre depuis de nombreuses années en raison de ses dents et ses mâchoires croches, mais ni elle ni sa mère Francine Bélanger (à droite) n’ont les moyens de payer pour des soins dentaires qui la soulageraient.

Hugo Duchaine

Sabrina Xinidakis, âgée de 22 ans, souffre depuis de nombreuses années en raison de ses dents et ses mâchoires croches, mais ni elle ni sa mère Francine Bélanger (à droite) n’ont les moyens de payer pour des soins dentaires qui la soulageraient.

Une femme des Laurentides ayant de graves problèmes de dents qui lui causent d’intenses douleurs aurait besoin de soins évalués à 15 000 $ qu’elle est incapable de se payer pour retrouver une vie normale.

«Les gens comme Sabrina [Xinidakis] n’ont aucun recours. Ils sont dans une craque [du système de santé]», se désole sa mère, Francine Bélanger.

Les douleurs de sa fille de 22 ans ont atteint un sommet, des douleurs si vives que même des comprimés de Tylenol, d’Advil et des anti-inflammatoires n’arrivent pas à calmer.

Elle aurait besoin d’une opération pour avancer et aligner ses mâchoires, de se faire extraire au moins six dents, puis d’avoir des broches pour tout maintenir en place. Le tout pour une facture de 15 000 $ que sa famille repousse depuis des années, n’en ayant pas les moyens financiers. Les soins d’orthodontie ne sont jamais couverts par la majorité des assurances.

«[Les dentistes] se fâchent des fois, parce qu’ils ne comprennent pas qu’on ne peut pas le faire. Il y a beaucoup de jugement», ajoute Sabrina Xinidakis, de Saint-Eustache.

Aux prises avec d’intenses migraines et la sensation que des couteaux lui percent les gencives, la jeune femme dit avoir été incapable de terminer son secondaire.

Études abandonnées

Elle a tenté deux retours aux études, qu’elle a dû abandonner, et elle n’arrive pas non plus à garder un travail.

«Je n’aime pas rien faire, car ça fait en sorte que je me concentre sur mes douleurs», dit-elle.

Mme Xinidakis aimerait travailler en comptabilité tout en poursuivant sa passion pour le maquillage artistique. Mais elle a tout le temps mal, des mâchoires aux oreilles, jusqu’à la tête.

Elle se sent coincée dans un cercle vicieux, ses douleurs la dépriment et la rendent de plus en plus anxieuse.

«Elle a 22 ans, plein de potentiel, et elle ne peut rien faire de sa vie», ajoute sa mère, impuissante. Cette dernière ajoute avoir multiplié les efforts pour aider sa fille.

Mais avec cinq enfants et deux faillites, la famille en arrache.

«On essaie de ramasser de l’argent, mais il y a toujours quelque chose qui arrive», souffle Mme Bélanger.

Elle a plusieurs fois inscrit sa fille au tirage au sort de la Faculté de médecine dentaire de l’Université de Montréal pour la pose de broches, sans succès.

Mme Xinidakis a aussi vidé ses économies, soit plus de 5000 $, pour faire arracher ses dents de sagesse, avoir une greffe de gencive et des traitements des caries. Comme ses dents sont croches et serrées entre elles, le nettoyage est difficile.

Pas qu’esthétique

L’orthodontiste Florence Morisson reconnaît que c’est parfois « un peu aberrant » quand les soins dentaires sont couverts, mais pas la partie orthodontique.

Or, elle assure que « la majorité des malocclusions que l’on traite sont fonctionnelles et non esthétiques », dit la spécialiste.

Les coûts expliquent en grande partie pourquoi certains patients consultent, mais ne reviennent jamais dans son bureau.

Il faut élargir la couverture dentaire, selon un expert

Le gouvernement provincial doit rembourser davantage les soins dentaires, comme il le fait déjà pour les soins de santé, plaident un expert et un organisme de lutte contre la pauvreté.

«Le système privé tel qu’il est augmente les inégalités sociales», dénonce le professeur à la Faculté de soins dentaires de l’Université McGill, Christophe Bedos.

«J’appelle le nouveau gouvernement, la nouvelle Assemblée législative, à se pencher sur ce problème, car il y a des Québécois qui souffrent, qui sont dans les craques du système et cela va à l’encontre de nos grands principes de droits humains», revendique l’expert.

Il fait remarquer que pendant la dernière campagne électorale, seulement deux partis ont abordé la question des soins dentaires. Québec solidaire, qui a fait élire 10 députés, a promis une assurance dentaire publique. Le Parti libéral voulait quant à lui s’accrocher au pouvoir en offrant d’élargir les soins déjà couverts jusqu’à 17 ans au lieu de 10 ans, puis de les étendre aux aînés plus démunis.

Révolution tranquille

Pour le porte-parole et analyste politique du Collectif pour un Québec sans pauvreté, Serge Petitclerc, l’assurance dentaire pour tous est « la partie inachevée de la Révolution tranquille ».

«Comme si la bouche ne faisait pas partie du corps, ça n’a pas de sens », renchérit le professeur Bedos.

Il croit qu’il faudra réfléchir à savoir si tout devrait être remboursé à 100 %, mais rappelle qu’en attendant « les gens vivent avec des douleurs, avec des dents non soignées », ce qui est dramatique en santé publique.

Pro bono

M. Petitclerc ajoute que les plus démunis n’ont pas plus les moyens de mettre de l’argent de côté.

L’orthodontiste Florence Morisson souligne quant à elle que des spécialistes travaillent parfois pro bono pour des organismes comme la Fondation du Dr Julien ou Smiles 4 Canada, afin d’aider les familles dans le besoin.