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Permis spécial octroyé à Coca-Cola

Déjà du lait américain sur nos tablettes

Marie-Ève Dumont et Hugo Duchaine | Agence QMI

Du lait américain se trouve déjà sur les tablettes québécoises avant même que l’accord de libre-échange soit officiellement signé, en raison d’un permis spécial octroyé au géant Coca-Cola.

Plusieurs personnes ont été étonnées de voir apparaître chez Walmart du lait de la marque américaine Fairlife quelques jours à peine après la conclusion du nouvel accord de libre-échange entre les États-Unis, le Mexique et le Canada.

Sur l’étiquette de ce lait produit par la multinationale de boissons gazeuses, on y lit bel et bien «Produit des États-Unis».

Coca-Cola a eu la permission de distribuer son lait produit aux États-Unis sur nos marchés pendant 15 mois en attendant la construction de sa nouvelle usine de transformation de lait à Peterborough, en Ontario, en 2020.

Cette permission spéciale n’a rien à voir avec le nouveau traité. La multinationale a promis d’investir 85 millions $ et d’utiliser le lait des producteurs ontariens une fois l’usine fonctionnelle. Coca-Cola a d’ailleurs confirmé au «Journal de Montréal» mardi que son nouvel établissement serait alimenté par les producteurs de lait canadiens.

Le lait Fairlife est ultrafiltré, sans lactose et contient 50 % moins de sucre et 50 % plus de protéines, selon le fabricant. Ce produit n’est pas soumis aux prix minimum et maximum établis au Québec, puisqu’il ne s’agit pas d’un lait «régulier».

Pas tous étiquetés

Mais avec l’accord, qui ouvre 3,59 % du marché des produits laitiers canadiens aux Américains, tous les produits contenant du lait américain ne seront pas aussi transparents.

Le yogourt ou le fromage fait au Canada en partie avec des ingrédients laitiers américains ne seront pas étiquetés comme tels. Il en est de même pour le fromage sur la pizza ou dans la quiche d’une entreprise canadienne. Cependant, si le lait, le fromage ou le yogourt ont été faits aux États-Unis puis importés chez nous, l’origine américaine devra être inscrite.

«Si la dernière étape de transformation s’effectue au Canada, ce sera un produit canadien. Ça n’a rien à voir avec les ingrédients», précise Sylvain Charlebois, spécialiste en agroalimentaire.

Inquiétudes

Une situation qui est dénoncée par plusieurs qui s’inquiètent notamment de l’utilisation d’une hormone de croissance interdite chez nous aux États-Unis.

«Les gens, particulièrement les jeunes, sont de plus en plus sensibles à la façon dont leurs aliments sont produits. Dans ce contexte, il me semble que ce serait drôlement important qu’on ait l’information», soutient Maurice Doyon, professeur en agroéconomie à l’Université Laval.

En ce moment, les logos «Lait 100 % canadien» et «Les producteurs laitiers du Canada, Lait canadien de qualité» permettent de s’assurer que le produit est bien fait avec du lait du pays.

Des règles bien différentes

Hormone de croissance

Les producteurs laitiers américains peuvent utiliser une hormone de croissance interdite au Canada depuis 20 ans. La somatotrophine bovine fait en sorte que les vaches vont produire plus de lait. Les inquiétudes portent surtout pour la santé des bêtes selon des experts, puisque la production intensifiée peut causer des mastites sévères et entraîner des infections.

«Les vaches deviennent des animaux exploitables au bon vouloir de l’être humain à une époque où nous sommes en train de remettre en cause nos manières sauvages d’exploiter les animaux», dit Geneviève Dufour, responsable de la maîtrise en droit international et politique internationale appliqués à l’Université de Sherbrooke.

Le vétérinaire et professeur à l’Université de Montréal, Simon Dufour, soutient que son utilisation est de moins en moins populaire aux États-Unis. «Mais il y a la possibilité de le faire, nous n’avons pas cette possibilité-là», résume-t-il.

Antibiotiques

Au Québec, tout antibiotique doit être prescrit par un vétérinaire. Une barrière qui entraîne une «utilisation plus judicieuse et probablement moindre» selon Simon Dufour, alors qu’aux États-Unis «il n’y a pas de contrôle».

Les laits sont cependant testés des deux côtés de la frontière, et la vente est interdite s’ils contiennent des résidus d’antibiotiques «à des niveaux détectables», dit M. Dufour.

Pollution

De nombreux médias américains rapportent d’importants déversements de fumier. Par exemple, un quotidien du Wisconsin rapportait des fuites de près de 4 millions de litres en 2013 seulement.

Selon Daniel Lefebvre, qui est le directeur général de Valacta, un centre d’expertise en production laitière, les fermes américaines ont très rarement des lagunes en béton, comme au Québec, pour retenir le fumier. «Habituellement, c’est à même le sol», dit-il.

D’ailleurs, l’organisme Midwest Environmental Advocates milite au Wisconsin pour une meilleure protection de la nappe phréatique. «Les lois fédérales protègent surtout les eaux de surface», dit l’avocate Tressie Kamp.

Simon Dufour souligne que 80 % du lait américain est produit par des mégafermes de plus de 30 000 vaches, en Californie, ce qui a aussi un grand impact environnemental.

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