/news/society

Phénomène «moi aussi»

Bond des crimes sexuels rapportés

Christopher Nardi

 - Agence QMI

Archives, Tzara Maud

De plus en plus de crimes sexuels sont rapportés aux policiers québécois depuis trois ans, particulièrement ceux impliquant des mineurs. Mais plutôt que de faire sourciller policiers et experts, ceux-ci y voient plutôt une «bonne nouvelle».

«C’est une bonne nouvelle, dans le sens que ça veut dire que les gens sont sensibilisés à ces crimes et les dénoncent davantage [...] Le fait qu’il y a plus [de crimes sexuels répertoriés par la police] ne veut pas nécessairement dire qu’il y en a plus. Dans ce cas-ci, on espère que les augmentations sont dues à davantage de dénonciations», analyse l’inspecteur André Durocher du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Phénomène «moi aussi»

Agressions sexuelles de tous genres, infractions sexuelles contre les enfants, leurre d’enfant au moyen d’un ordinateur, proxénétisme : au moins une douzaine de crimes de nature sexuelle répertoriés par les polices québécoises ont bondi de façon considérable entre 2013 et 2017.

C’est ce que révèle une analyse du «Journal de Montréal» de données sur la criminalité publiées par Statistique Canada récemment.

Dans la majorité des cas, la hausse de signalements a commencé de façon significative en 2015 et 2016 et a vu un bond encore plus important en 2017, l’année marquée par le mouvement de dénonciation #MeToo (#MoiAussi).

«La criminalité sexuelle, que ce soit de pédophilie, leurre d’enfant, proxénétisme, etc., est une forme de criminalité très présente, mais très cachée. Depuis 2000, l’accessibilité de vidéos montrant des agressions d’enfants a explosé sur le web [...] L’augmentation des crimes rapportés par la police est donc une bonne nouvelle, parce que ça démontre qu’on en attrape plus», commente la criminologue et ex-députée fédérale Maria Mourani.

Plus d’outils

Selon l’inspecteur Durocher et Mme Mourani, une augmentation des ressources policières et l’arrivée de nouveaux outils d’enquête, notamment en cybercriminalité, ont aussi un impact.

L’inspecteur a notamment mentionné la création d’unités spéciales dédiées à la lutte contre les crimes sexuels touchant les enfants, mais aussi une plus grande collaboration de la part des entreprises dans les enquêtes policières.

«Pour les entreprises, leur image corporative est importante et peut être affectée par ces crimes. Donc, nous avons de très bons liens avec des compagnies comme Microsoft, par exemple», note le porte-parole du SPVM.

«Je pense que le fait qu’il y a eu beaucoup de ressources investies par les policiers pour combattre la cybercriminalité a aussi mené à davantage de prévention faite dans les écoles, par exemple», ajoute Mme Mourani.

Hausse des dénonciations

Agressions sexuelles (total)

2013 : 3895
2014 : 3647
2015 : 3883
2016 : 4444
2017 : 5398

Contacts sexuels

2013 : 971
2014 : 864
2015 : 1046
2016 : 1236
2017 : 1633

Infractions sexuelles contre les enfants (total)

2013 : 1441
2014 : 1532
2015 : 1707
2016 : 2054
2017 : 2549

Rendre disponible du matériel sexuellement explicite à un enfant

2013 : 4
2014 : 6
2015 : 37
2016 : 44
2017 : 51

Leurre d’un enfant au moyen d’un ordinateur

2013 : 247
2014 : 420
2015 : 372
2016 : 489
2017 : 607