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Humour

La célébrité tourmentée de Michel Courtemanche

Marie-Josée R. Roy

 - Agence QMI

Joël Lemay / Agence QMI

À l’instar de plusieurs artistes, Michel Courtemanche a eu la célébrité tourmentée. Au plus fort de sa gloire, alors que l’Europe le vénérait et que même George Lucas lui faisait les yeux doux pour un projet, l’humoriste grimaçant composait mal avec la notoriété et s’est étourdi dans la drogue et avec des prostituées.

Michel Courtemanche, 53 ans, raconte son parcours jalonné de hauts et de bas dans la biographie «Face à Faces», que signe le journaliste Jean-Yves Girard, et qui paraîtra mercredi prochain, le 17 octobre.

Chaque chapitre aborde un démon du comique qui a quitté la vie publique: les épisodes dépressifs de son père, ses déboires avec la famille Rozon – qui, affirme-t-il, l’a roulé professionnellement –, ses excès dans la drogue, ses accès de colère démesurés.

On fait aussi état de son ascension fulgurante, sa popularité des deux côtés de l’Atlantique et même, à plus petite échelle, aux États-Unis, où il a même failli tourner dans un film du père de la «Guerre des étoiles», George Lucas.

L’ouvrage s’ouvre avec le récit du fameux soir de juillet 1997 où, pris de panique, Courtemanche a quitté les planches après avoir donné moins du tiers d’un spectacle qu’il offrait au festival Juste pour rire. Une prestation solo entièrement improvisée qui devait durer trois heures et qui avait été hautement médiatisée dans les semaines précédentes.

C’était un suicide professionnel, admet sans ambages le principal intéressé. Un événement qui l’a traumatisé, dit-il, et dont il a longtemps évité de parler.

«De toute façon, je n’avais plus envie de faire de la scène. C’était le moment parfait pour tout arrêter. J’en avais trop fait, en très peu de temps. J’étais épuisé. Ça suivait un divorce assez difficile. Je commençais à consommer dans ces temps-là, après les spectacles. J’avais le goût de me libérer. C’était à moitié conscient», raconte un Michel Courtemanche visiblement nerveux, attablé à la Brasserie Melrose, à Westmount, établissement qui appartient à l’un de ses amis.

«Quand j’ai fait ce spectacle raté, je suis tombé dans une déchéance, tout de suite après. De 31 à 34 ans, j’ai poussé fort sur la consommation.»

Crises de vedette

C’est également dans cette période qu’il a été diagnostiqué bipolaire. À cette époque, Michel Courtemanche multipliait les «crises de vedettes».

Dans l’une d’elles, décrite dans le bouquin, il a pris d’assaut un camion de remorquage à coups de barre de métal. Une autre fois, il a explosé parce qu’une cannette de Coke qu’il s’apprêtait à boire n’était pas froide. Mais ce n’était là que la goutte d’eau d’une réelle souffrance.

«C’était une explosion de rage. Je m’ennuyais de tout le monde. La seule chose qui me reliait au Québec, c’était ma cannette de Coke, qui n’était même pas ‘‘frette’’!»

«J’ai tout pété, poursuit-il. Je suis devenu hors de moi. C’était trop. C’est ça, les crises de vedettes. Les gens qui regardent ça se disent que j’ai pété les plombs parce que je n’avais pas mon Coke. Ce n’est pas ça. C’est tout ce que ça représente.»

Michel Courtemanche est maintenant sobre depuis 18 ans. Il ne consomme ni alcool, ni drogue et n’a connu aucune rechute. Mais, dans le livre, il soutient que, pour lui, «les relations amoureuses, c’est terminé».

«Aujourd’hui, je suis pas loin d’être heureux», décrète-t-il, ajoutant qu’il ne manque qu’un peu de stabilité au niveau de sa maladie pour atteindre le total bonheur complet.

Fini, la scène

Michel Courtemanche n’a aucunement l’intention de remonter sur scène un jour. La reconnaissance publique ne lui manque pas. Contrairement à la réalisation, qui l’a toujours passionné, et à laquelle il s’est adonné pendant sept ans, dans les coulisses de «Caméra Café».

Actuellement, il écrit. Il œuvre à concevoir une bande dessinée, une émission de télévision et un spectacle qui mettrait en vedette des clowns. Il fréquente en outre l’École nationale de l’humour, où il étudie la scénarisation.

«Je suis le plus vieux de la classe», ricane-t-il.

Ce qu’il a dit

«On ne s’attend pas à ce que la célébrité ait autant d’ampleur. Tu te retrouves, du jour au lendemain, à te faire courir après pour des autographes, des photos, des ci, des ça. Tu ne comprends pas. Tu n’as plus de vie privée. Tu n’as plus de vie du tout. À un moment donné, j’ai voulu faire une désintoxication de tout. Autant de la drogue et de l’alcool que du fait d’être une vedette. Ça sert, des fois, mais c’est plus encombrant qu’autre chose.»

«Je me suis toujours dit que le talent n’était pas tombé sur la bonne personne.»

«Aujourd’hui, les gens ne me reconnaissent plus. Je ne suis pas un ‘‘has been’’, mais pas loin.»

«Ça m’a coûté cher de blondes et d’amis, me retrouver seul en Europe. Je ne ‘‘tripais’’ pas. Je dis toujours que si j’avais eu un iPhone dans ce temps-là, peut-être que je ferais encore de la scène. J’aurais pu garder le contact avec mes proches. Là, j’avais un coup de fil à partir de l’hôtel, à Montréal, pour ma blonde, le mardi.»

«Il n’y a jamais personne qui m’a remplacé [chez les humoristes, NDLR]. La place est là, je ne la reprendrai jamais. N’importe qui est prêt, allez-y... Il y a plusieurs imitateurs, ‘‘stand ups’’, monologuistes, raconteurs d’histoires. Pourquoi il n’y aurait pas plus d’humoristes physiques? Ça s’est perdu, et c’est dommage.»

«L’amitié, c’est tout ce qui reste. Ce qui est essentiel, c’est d’avoir des bons ‘‘chums’’. Mais retrouver ses ‘‘chums’’, c’est long...»