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Atteinte d'une rare maladie

Isabelle Brasseur: «Mon cœur a cessé de battre durant 31 secondes»

Marie-Hélène Goulet | Agence QMI

archives | Michel Desbiens/AGENCE QMI

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L’athlète canadienne Isabelle Brasseur nous a fait rêver aux Jeux d’Albertville et de Lillehammer, dans les années 1990 avec Lloyd Eisler, remportant deux fois la médaille de bronze.

La patineuse artistique entraîne aujourd’hui sa fille, Gabriella. Touchée de près par la santé du cœur, celle qui vit maintenant au New Jersey a profité d’un récent séjour au Québec pour livrer un message important aux femmes.

Isabelle, vous êtes une collaboratrice de la Fondation des maladies du coeur et de l’AVC. Pourquoi cette cause vous touche-t-elle?

Mon père est mort d’une crise de coeur, et ma mère a fait plusieurs AVC avant son décès. J’ai moi-même une maladie cardiaque congénitale: la syncope vasovagale avec arrêt cardiaque. C’est donc important pour moi de lancer à tous un message de prévention.

Expliquez-nous le problème dont vous êtes atteinte.

C’est le résultat d’un débalancement chimique entre le cerveau et le coeur. Il arrive, durant des périodes de stress intense, que mon cerveau dise à mon coeur de relaxer à un point tel qu’il cesse de battre.

Un jour, quand j’étais enfant, nous avons vu un accident en nous rendant à la messe de minuit. Mon cœur s’est tout normalement emballé, mais mon cerveau lui a envoyé le message de se calmer, car je n’étais pas en danger.

En arrivant à l’église, j’ai dit à mes parents que je n’allais pas bien et je me suis évanouie. J’ai fait des convulsions. Les médecins ont cru que c’était dû à de l’hypoglycémie, mais mes parents se doutaient que ce n’était pas ça.

Comment avez-vous réussi à vivre le stress lié à une carrière olympique dans ces conditions?

Au moment d’une performance, j’étais dans l’action. Jamais mon cerveau n’aurait indiqué à mon cœur de ralentir, au contraire. En fait, mes problèmes de santé ne se manifestaient pas; comme j’étais une athlète, je réussissais tous les tests cardiaques hauts la main.

Quand avez-vous été diagnostiquée?

À 28 ans, après m’être évanouie aux côtés de mon mari. Un neurologue a parlé d’épilepsie, mais je n’étais pas convaincue, car les symptômes n’étaient pas les mêmes.

J’ai rencontré plusieurs spécialistes, et c’est le quatrième neurologue que j’ai consulté qui a vu juste. Il a décidé de travailler avec un cardiologue. Pour voir s’il s’agissait bien de la syncope vasovagale avec arrêt cardiaque, ils m’ont fait passer un test qui déséquilibre la pression sanguine.

En général, les gens dans ma condition réagissent après une vingtaine de minutes. Moi, après six secondes, je leur ai dit que ça n’allait pas. Et deux secondes plus tard, je leur lançais: «Bye», avant de m’écrouler. Mon cœur a cessé de battre durant 31 secondes.

Cela vous est-il arrivé à d’autres occasions?

Alors que j’étais enceinte de Gabriella, mon cardiologue a averti ma gynécologue que ça pouvait se produire à cause de l’épidurale et du flux de médicaments dans mon sang. Elle ne l’a peut-être pas pris assez au sérieux, car elle a été surprise quand mon cœur s’est arrêté encore une fois pendant 31 secondes. Ç’a été un stress immense.

Votre maladie est-elle contrôlée maintenant?

Elle l’est partiellement grâce à la médication. Je dois quand même faire attention aux sources de stress. Je ne regarde pas les nouvelles et j’évite les films violents. En auto, s’il y a un accident, je tourne la tête, et ma famille lance une conversation sur un autre sujet.

Il vous a fallu persévérer pour avoir le bon diagnostic...

Oui. Et je veux lancer ce message aux femmes: n’ayez pas peur d’aller chercher une autre opinion médicale si vos maux persistent. Nous avons tendance à nous oublier pour les autres et à ne pas prendre nos symptômes assez au sérieux. Il faut savoir que les symptômes de maladies cardiaques ne sont pas les mêmes pour les hommes et les femmes. J’invite donc celles-ci à s’informer.

Les maladies du coeur ont longtemps été associées aux hommes, pourtant, une Canadienne sur 17 en meurt.

Votre conjoint, Rocky Marval, est un ancien champion de patinage artistique américain. Vous entraînez votre fille, Gabriella. Est-ce un plus pour elle?

Oui et non. Parfois Gabriella me trouve dure, car, avant les compétitions, je ne peux pas être la mère empathique qui la trouve mignonne dans sa robe. Je dois la pousser à faire ce qu’elle est capable de faire. Par contre, un parent qui ne connaît pas le patin sautera peut-être des étapes importantes dans le développement de son enfant, par ignorance.

Est-ce dur de garder une saine relation familiale dans ces circonstances?

À la maison, pendant le souper, nous parlons de patin, mais c’est normal pour nous et nous aimons ça. Toutefois, il nous arrive de laisser des sujets à l’aréna, pour garder une saine harmonie.

Nous avons survécu 22 ans à ce rythme, mon mari et moi. Gabriella a 17 ans et elle n’a pas encore quitté le nid. C’est bon signe!

Le saviez-vous?

1- Selon les estimations, 1,3 million de Canadiens sont touchés par des maladies cardiovasculaires.

2- Les maladies du coeur et l’AVC sont les premières causes de décès prématurés dans la population féminine.

3- Huit décès sur dix peuvent être évités en adoptant de saines habitudes de vie.

4- Depuis 1952, la mortalité liée aux problèmes cardiovasculaires a baissé de 75 % grâce à la recherche.

Pour plus d’informations, nous vous invitons à consulter le site coeuretavc.ca.