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Légalisation du cannabis: la charrue avant les bœufs

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles

Dans moins de 48 heures arrivera enfin le Grand Jour! Depuis le temps qu’on en parle, la marijuana, le pot, le cannabis, le p’tit joint du samedi soir, tout ça sera légal au Canada!

Et pourtant, depuis le temps que dure le débat, la question se pose: sommes-nous passés à côté de l’essentiel?

Qu’allons-nous dire à nos enfants?

Quand le Québec se donne bonne conscience

Le Québec s’est donné bonne conscience, la culture des quatre plants de marijuana permise par le fédéral sera interdite dans la Belle Province.

La difficile conversation sur l’oreiller pour des milliers de parents donc n’aura pas lieu, techniquement, sur le plant de pot.

- «Chéri, quand Junior sera un peu plus grand, fini tes quatre plants dans le potager! Il va les reconnaître, et ça envoie un mauvais signal.»

- «Franchement, rendu là, le pot sera normal, et c’est pas plus dangereux que l’alcool!»

Mais il ne faut pas se leurrer. Si ce n’est pas sur la culture du cannabis que se trouvera le dilemme des parents, ce sera sur la consommation.

- «D’ailleurs, quand Junior sera grand, tant qu’à ce qu’il fume, aussi bien qu’il fume mon pot, au moins je sais ce qu’il y a dedans. Et entre toi et moi, la police de Montréal va avoir d’autre chose à faire que de fouiller les potagers du quartier!»

- «Franchement! Tu ne vas quand même pas fumer avec notre fils de 18 ans, juste parce que c’est légal? Quel signal est-ce que ça envoie?»

- «As-tu vu les études sur les impacts de l’excès d’alcool chez les jeunes? Ça ne t’empêche pas d’avoir ton verre de vin, et de lui en offrir un au souper le samedi.»

- «Franchement, il y a une marge entre le vin et la mari

Qui a raison? Maman ou papa? Je l’ignore. Et combien de parents savent exactement comment aborder cette difficile conversation avec leurs enfants à l’aube de cette grande révolution?

Au Québec, entre le projet de la CAQ de hausser l’âge légal de 18 à 21 ans, et les interdictions de fumer en public qu’imposent déjà de nombreuses villes, la ligne dure semble avoir la cote.

Mais dans une société où soudainement la banalisation de la marijuana règne, qui s’imagine que ce sera suffisant?

Prôner la vertu peut rassurer les autorités et les parents, mais pour combien de temps?

La légalisation avant la prévention

«Hey mom, j’vas pouvoir avoir d’la weed!»

J’exagère à peine, mais quel parent d’ado ou de jeune adulte n’a pas entendu cette phrase dans les derniers temps?

- «Relaxe, ça va être légal bientôt.»

- «Légal pour les adultes, par pour les jeunes de ton âge.»

- «Come-on! je bois déjà de la bière, c’est quoi la différence?»

La réalité c’est que dans la course folle pour remplir rapidement une promesse électorale symbolique, le gouvernement Trudeau a mis la charrue avant les bœufs: la légalisation avant la prévention.

On a parlé de la formation des employés de la Société québécoise du cannabis, on a même parlé du look de leurs magasins. On a abondamment parlé de la formation des policiers, des ratés de la machine pour détecter le pot au volant, les règles pour les militaires, les policiers de la GRC, ou ceux de la SQ.

Morale de l’histoire: on a passé plus de temps à débattre des effets de la légalisation sur les adultes qui, on l’espère, devraient savoir faire la part des choses, plutôt que sur les jeunes qui, faut-il le rappeler, étaient au cœur de la démarche des libéraux.

Pas surprenant que selon un récent sondage d’Angus-Reid, 57% des Canadiens craignent que les mesures mises en place ne permettront pas d’empêcher les jeunes d’avoir accès au cannabis après le 17 octobre.

Le seul conseil qu’a à offrir le gouvernement fédéral aux parents? «Parlez-en à vos enfants», recommande le petit pamphlet que nous avons tous reçu par la poste.

Or quand on pense qu’au Québec, 27% des jeunes entre 15 et 24 ans consomment de la marijuana sur une base hebdomadaire, disons que c’est plutôt mince.

Et de grâce, ne nous mettons pas la tête dans le sable. Le marché noir, il va survivre, du moins pendant les prochaines années. Au Colorado, il a même prospéré depuis la légalisation.

Le pusher des jeunes, il sera toujours là.

En attendant, on cherche encore les grandes campagnes de sensibilisation pour rappeler que ce n’est pas parce que le pot sera légal que c’est bon.

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