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Des locataires forcés de quitter un immeuble infesté et sans chauffage

Francis Pilon | Agence QMI

Une dizaine de locataires du Plateau-Mont-Royal, dont certains étaient émus et en larmes au moment de plier bagage, ont été évacués contre leur gré mercredi de leur immeuble insalubre et sans chauffage. Plusieurs ont perdu leur seconde famille du même coup.

Infestations de punaises de lit et de coquerelles, des odeurs à peine soutenables, un désordre extrême, des moisissures et aucun chauffage, voilà le portrait du 1150, rue Marie-Anne Est.

Les derniers occupants de l’édifice, qui comprend 60 logements, ont mis la clé sous la porte avant 13 h avec l’aide d’intervenants sociaux mercredi. Ils ont eu à peine une quinzaine de jours pour préparer leur déménagement après avoir reçu un avis de la ville de Montréal ordonnant une évacuation complète du bâtiment d’ici le 17 octobre.

«Ça fait 11 ans que je vis ici. Moi, je perds tout aujourd’hui. Mes meubles, ils sont infestés de coquerelles et je dois les laisser ici. Mes chats aussi, je ne sais pas si je vais me trouver un autre logement abordable qui les accepte. On est toute une famille dans le bloc qui vient d’être séparée», s'est désolé Pierrette Clément, en chemin vers l’hôtel.

Selon elle, un huissier aurait dû venir expulser de l’immeuble certains occupants avec des dépendances et des problèmes psychologiques depuis longtemps.

Le «24 Heures» a pu visiter un des logements les plus insalubres du bâtiment. Une couche de carcasses de coquerelles d’au moins cinq centimètres se trouvait sous le four. Des dessins et des écrits faits au marqueur noir tapissaient tous les murs et une odeur de lait périmé étouffait l’appartement.

Marie-Jeanne Lefebvre, âgée de 71 ans, se considère pour sa part chanceuse d’avoir trouvé un nouvel endroit où vivre rapidement.

«J’ai vécu ici durant six années. J’ai dû donner Roussette, ma chatte, en adoption à cause de mon nouvel appartement où je vais vivre... Mais je vais dire comme la chanson, "tourne la page". C’est fini et j’espère pour le mieux. J’ai pris ce que je voulais, et le reste, je le laisse ici», a-t-elle expliqué.

Mme Lefebvre estime que tous les locataires ont été mis dehors, entre autres, pour éventuellement créer des condos de luxe plus rentables au cœur Plateau-Mont-Royal.

«Wake up call»

« Le tiers d’entre eux sont hébergés à l’hôtel et l’autre deux tiers a utilisé leur réseau pour se reloger. [...] Avec la température qu’on a eue dans les dernières nuits, mais aussi avec les infestations, c’était urgent d’aider ces gens-là pour leur santé», a expliqué Philippe Sabourin, porte-parole de la ville de Montréal.

Selon ce dernier, l’évacuation était inévitable face à l’inaction de l’ancien propriétaire qui a négligé et rendu insalubre son immeuble.

«Je pense que ces gens vivent aujourd’hui un "wake up call"», a souligné le nouveau propriétaire, Mahir Ozdilek, qui vient tout juste de conclure l’acquisition du bâtiment.

«Cette bâtisse a besoin d’une réfection totale et c’est ce que l’on va faire. Ma firme a même offert une compensation de 3000 $ à 7000 $ pour dédommager chacun d’entre eux», a-t-il ajouté.

Selon ce dernier, certains occupants avaient des problèmes de toxicomanie, de prostitution et même de violence