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Une légalisation tout en sobriété à Ottawa

Émilie Bergeron

 - Agence QMI

L'air n'était à la fête au Parlement au jour 1 de la légalisation du cannabis, les élus fédéraux interrogés ne se bousculant pas pour s’allumer un joint afin de célébrer.

«J'ai dit à plusieurs reprises que je ne suis pas un consommateur de drogues», a commenté le premier ministre Justin Trudeau, ajoutant qu’il n’a aucune intention de consommer du cannabis.

Bien que le gouvernement libéral réalisait mercredi une promesse phare, ses élus ont joué de sobriété en rappelant les effets néfastes de la consommation de cannabis. Plusieurs ministres ont précisé qu’un éventuel succès de la politique tant attendue ne se mesurerait que dans plusieurs mois.

Mesure du succès

«Le déclin dans le taux de consommation auprès des jeunes» sera la réelle «définition du succès» pour la ministre de la Santé, Ginette Petitpas Taylor.

Ses collègues et elle ont répété près d’une vingtaine de fois des variantes du mot «strict» pour qualifier l’encadrement du marché légal du cannabis lors d'une conférence de presse de 45 minutes.

Le succès de la légalisation se calculera aussi par le déplacement de 50 % des profits du marché illicite de cannabis, estimé à 8 milliards $, vers le marché légal. C’est ce qu’a soutenu le ministre de la Sécurité frontalière et de la Réduction du crime organisé, Bill Blair.

Peu d'attention

En Chambre, la légalisation du cannabis a suscité peu d’interventions des députés des partis d’opposition.

Les conservateurs ont plutôt talonné le premier ministre sur un tout autre dossier, celui du vice-amiral Mark Norman. L’ex-numéro deux des Forces armées canadiennes est visé par des allégations soutenant qu'il aurait divulgué des secrets du cabinet ministériel au sujet du chantier maritime Davie.

Ses avocats tentent d’obtenir d’Ottawa des documents gardés confidentiels en vertu du secret du cabinet. Ils estiment que ceux-ci permettraient de mieux bâtir leur défense.

Critiques

Certains élus croisés dans les couloirs du Parlement n’ont toutefois pas manqué de critiquer la légalisation du cannabis, la jugeant mal orchestrée ou n’en faisant pas assez sur le plan du pardon judiciaire pour possession de marijuana.

Le conservateur Gérard Deltell était d'ailleurs vêtu tout en noir pour marquer ce «jour sombre».

«Il y a eu peu d’écoute auprès du gouvernement du Québec et des municipalités, beaucoup de confusion sur le terrain et une absence totale jusqu’à présent de programme de sensibilisation et de prévention auprès des jeunes», a déploré le néodémocrate Alexandre Boulerice.

Le bloquiste Mario Beaulieu espère de son côté que les libéraux paieront, aux prochaines élections de 2019, un prix politique pour leur légalisation «tout croche, précipitée et garrochée».

Ce qu'ils ont dit:

Justin Trudeau, premier ministre

«J'ai dit à plusieurs reprises que je ne suis pas un consommateur de drogues. Je ne bois pas beaucoup d'alcool. Je ne bois pas de café. J'ai aucune intention de consommer du cannabis.»

Ginette Petitpas Taylor, ministre de la Santé

«Qu’est-ce que je vais considérer comme un succès de la loi? C’est sûr que ma priorité, c’est de m’assurer qu’il va y avoir un déclin dans le taux de consommation auprès des jeunes. C’est finalement ça qui serait une définition de succès pour moi.»

Marie-Claude Bibeau, ministre du Développement international

«Moi, je peux vous le dire bien candidement, je n’ai jamais touché à ça et je ne vais pas commencer aujourd’hui.»

Diane Lebouthillier, ministre du Revenu national

«Non, [je ne consommerai] pas du tout [de cannabis pour célébrer]. Non. Mon cégep et mon université sont finis, ça fait quelques années.

Ministre des Pêches, Jonathan Wilkinson

«Je pense que la plupart des gens de ma génération l’ont probablement essayé une ou deux fois quand ils étaient plus jeunes. Ce que je peux dire, c’est que je n’ai pas été près du cannabis pour plusieurs et plusieurs années. Et je n’ai aucun intérêt [pour la chose], mais c’est un choix personnel. Tout le monde fait un choix personnel.»

Andrew Scheer, chef conservateur

«Aujourd’hui on va commencer à voir les conséquences du projet de loi que Justin Trudeau a passé trop vite. Il a ignoré les inquiétudes des experts en santé, des policiers, des gouvernements provinciaux.»

Jean-Yves Duclos, ministre de la Famille

«42 % des jeunes entre 18 et 25 ans consomment déjà du cannabis. Le problème c’est que cette consommation n’est pas réglementée, n’est pas contrôlée, n’est pas inspectée. Et, comme on le sait, cette consommation profite au crime organisé. Donc, il était temps de faire un changement.»

«Je pense que les Québécois ont raison d’être curieux et parfois même inquiets de l’effet de cette légalisation et de cette réglementation du cannabis. Ceci étant dit, ça fait quand même presque depuis trois ans qu’on en parle. [...] Beaucoup de gens ont été sollicités, donc je pense qu’on a fait beaucoup de progrès depuis trois ans, mais qu’il y aura du progrès qu’on doit continuer à faire [...] »

Jagmeet Singh, chef du NPD

«Si on pardonne quelqu’un [de possession de cannabis], il n’y a aucun impact sur [sa] capacité de voyager. Il y a beaucoup d’impacts différents si on parle d’effacer le dossier judiciaire ou si on parle de pardonner le dossier judiciaire.»

Alexandre Boulerice, député de Rosemont, NPD

«C’est une mesure qu’ils avaient promise et qu’ils réalisent. Nous, on est assez critique de comment ils le réalisent. Peu d’écoute auprès du gouvernement du Québec et des municipalités, beaucoup de confusion sur le terrain et une absence totale jusqu’à présent de programme de sensibilisation et de prévention auprès des jeunes.»

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