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L’art de s’enfarger dans le tchador

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles

Il semblait si simple pour François Legault de promettre d’agir rapidement dans le dossier de la laïcité au lendemain de sa victoire. Il aura fallu quatre jours à ses ministres et son gouvernement pour s’embourber dans les pièges du débat.

Du «compromis de Bouchard-Taylor» aux enseignantes, en passant par le voile intégral et les avis juridiques auxquels «on peut faire dire ce que l’on veut», on peut dire que le gouvernement Legault a été difficile à suivre au cours de la dernière semaine.

Il a davantage affiché l’art de s’enfarger dans le tchador, plutôt que de démontrer sa maîtrise du dossier, qui mérite d’être réglé.

Un débat légitime

Le Québec n’est pas la seule société à chercher comment affirmer la laïcité de l’État, dans un monde de plus en plus cosmopolite et multiculturel.

La France, mais aussi l’Allemagne, la Suisse, la Belgique, l’Italie, les Pays-Bas, l’Autriche, la liste des démocraties occidentales qui ont légiféré sur le port des signes religieux est assez longue pour qu’on cesse d’avoir honte d’en parler au Québec.

Quoiqu’en disent les libéraux depuis le débat sur la Charte des valeurs, ce n’est ni de l’islamophobie, ni du racisme, ni de l’intolérance que de chercher à trouver un juste équilibre entre les valeurs fondamentales de notre société et les droits individuels de ses habitants, incluant leur liberté de religion.

Or, si les déchirements des dernières années nous ont appris quelque chose, c’est que cet équilibre est difficile à trouver. Ce n’est pas en avançant à l’aveugle à coups d’improvisation que le gouvernement Legault réussira à convaincre les Québécois du bien-fondé de sa démarche.

La volonté politique ne suffit pas

Aborder la laïcité exige de confronter certains tabous. Si la question se pose dans notre société d’aujourd’hui, c’est aussi parce que le portrait de l’immigration a changé depuis des décennies. Admettre que le défi de l’intégration est devenu plus complexe n’est pas un signe d’intolérance, c’est faire preuve d’honnêteté.

La question des signes religieux met en opposition l’égalité des sexes, la neutralité de l’état, la tolérance à l’égard de la diversité religieuse et culturelle, la peur du fondamentalisme musulman, l’intégration des nouveaux arrivants.

Jamais ces questions ne feront l’unanimité, tout au plus pourraient-elles faire consensus. Mais y arriver exige délicatesse, nuance et intelligence, plutôt que stratégie partisane et populiste. Il y a là un important exercice de pédagogie.

Le gouvernement Legault a bien raison de vouloir régler rapidement le débat sur la laïcité, mais ce n’est pas une raison pour procéder comme un éléphant dans un magasin de porcelaine.

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