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Prostitution: la rectitude politique de la Fédération des femmes du Québec

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles

La prostitution peut être un choix.

Un choix? Vraiment? C’est du moins la conclusion à laquelle en est venue la Fédération des femmes du Québec (FFQ). Tout un pas vers la modernité, vive la prostitution en 2018!

Comme toujours, lorsqu’il s’agit des prises de position de la FFQ, c’est plus compliqué que ça.

Mais objectivement, l’effet est le même : la vision d’un féminisme marginal auquel la majorité des femmes, et de la société, peut difficilement s’identifier.

Ni pour ni contre la prostitution

Il faut bien comprendre ici. La FQQ ne se prononce ni pour ni contre la prostitution. Elle reconnaît plutôt «l’agentivité des femmes dans la prostitution/industrie du sexe incluant le consentement à leurs activités.»

L’agentivité me direz-vous? Oui, c’est un concept issu des théories féministes selon lequel une femme, peu importe sa situation, peut toujours avoir une influence sur son sort. Ça se veut un discours d’émancipation pour les femmes même les plus démunies ou marginalisées.

Très bien. Mais quand le mouvement féministe utilise des termes que la très grande majorité d’entre nous ne comprend pas, on ne peut pas se surprendre que les gens décrochent.

Un silence dangereux

On le comprend, la FFQ désire avant tout sortir les prostituées de leur isolement et lutter contre leur marginalisation. Elle préfère mettre l’accent sur l’appui dont elles ont besoin, plutôt que de les juger et les stigmatiser.

Mais en évitant de se prononcer sur le fond de la question, la Fédération des femmes passe aussi à côté du cœur du débat: la violence implicite à toute prostitution.

Sérieusement, sur le lot de toutes les prostituées dans la société, pour combien d’entre elles est-ce vraiment un choix? D’ailleurs, le consentement d’une femme face à son client est-il vraiment toujours libre, alors qu’elle est soit sous le joug d’un «pimp» ou qu’elle doive satisfaire ses clients et faire face à la concurrence?

C’est bien beau sortir les femmes, même les prostituées, de leur rôle de victimes et s’en remettre à leur libre arbitre, mais ce n’est pas une raison pour fermer les yeux sur l’héritage dégradant de la prostitution et les horreurs qui en découlent à ce jour.

Elle est là la dérive. En voulant respecter la voix des femmes qui se prostituent librement, la FFQ rate l’occasion de mener la charge contre une industrie qui abuse de la majorité de ses travailleuses.

Une occasion manquée

La FFQ a comme slogan «Égalité pour toutes, égalité entre toutes».

La FFQ choisit ainsi de donner une voix propre à l’expérience de chaque femme, la femme immigrante, la femme trans, la femme lesbienne, la femme noire, la femme handicapée, la femme voilée.

Elle se fait la voix des femmes marginalisées. C’est un choix qui se défend. Et d’ailleurs la présidente Gabrielle Bouchard le fait de manière convaincante.

Mais elle rate du même coup l’occasion d’offrir un féminisme rassembleur dans lequel l’ensemble des femmes peut se reconnaître.

Il faut croire qu’au sein du mouvement féministe, l’union ne fait pas la force.