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500 tombes canadiennes

Première guerre mondiale: Un petit cimetière belge au centre de l'histoire canadienne

Matthieu Demeestere | Agence France-Presse

En périphérie de Mons (Belgique), ville libérée par les troupes canadiennes le 11 novembre 1918, un petit cimetière militaire est devenu un symbole du sacrifice des soldats de l'ex-empire britannique lors de la Grande Guerre, et accueille chaque année des milliers de visiteurs, anonymes ou chefs d'État.

Avec ses quelque 500 tombes, pour moitié des soldats du Commonwealth, pour l'autre des Allemands, le cimetière militaire de Saint-Symphorien n'a pas la notoriété internationale des lieux de mémoire comme Ypres en Belgique et en France Verdun (est) et Vimy (nord), où des milliers de Canadiens sont morts en 1917.

C'est pourtant là que la première ministre britannique Theresa May fera étape vendredi matin, avant de poursuivre en France un déplacement pour célébrer le centenaire de l'Armistice. Dans la campagne de Mons, elle sera suivie le lendemain par la gouverneure générale du Canada, Julie Payette, représentante de la reine Elizabeth II.

À plusieurs titres, ce petit cimetière, érigé en plein conflit par les Allemands dans un parc verdoyant de la plaine wallonne, est devenu «un lieu essentiel pour les Britanniques et les Canadiens dans la recherche de leur histoire par rapport à la guerre 1914-18», explique à l'Agence France-Presse l'historien belge Corentin Rousman.

Y sont enterrés, par coïncidence, dans deux tombes qui se font face, la première et la dernière victime britannique du conflit. John Parr et George Ellison ont été tués le 21 août 1914 lors de la bataille de Mons et le 11 novembre 1918, non loin de là.

À quelques dizaines de mètres d'eux, sous un autre alignement impeccable de pierres blanches, repose George Price, un Canadien devenu une célébrité dans son pays.

Ce soldat de 26 ans est mort le 11 novembre 1918 à 10h58, soit deux minutes avant l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, tué par un tireur d'élite allemand à Ville-sur-Haine près de Mons.

«On estime qu'il est le dernier soldat du Commonwealth à mourir au combat pendant la Grande Guerre», ont rappelé les services du premier ministre canadien.

Julie Payette lui rendra hommage lors de l'inauguration d'un mémorial Price samedi après-midi à Ville-sur-Haine. Les élus belges de la commune ont souhaité célébrer ainsi un «exemple du courage et de la détermination des soldats venus se battre pour notre liberté».

Dans le cimetière, à l'approche des cérémonies officielles, autorités locales et représentants étrangers s'activent au milieu des touristes de passage: un professeur écossais à la retraite ou un groupe de passionnés d'histoire militaire venus d'Ottawa.

Parmi eux, David Scheel, 59 ans, raconte à l'AFP son périple de part et d'autre de la frontière franco-belge pour les 100 ans de l'Armistice. Il arrive de Vimy où il est allé s'incliner en mémoire d'un grand-oncle tué là, moins de 18 mois après s'être engagé volontairement dans l'armée canadienne.

«Mes amis et moi voulons honorer ceux qui se sont battus pour préserver notre mode de vie», affirme ce fonctionnaire du gouvernement de l'Ontario.

Dans ce coin de campagne belge, les nombreux visiteurs --estimés à 25 000 en 2017 par la ville de Mons-- se montrent aussi curieux de la spécificité «germano-britannique» du cimetière.

Dès 1916, les autorités allemandes qui occupaient la région ont voulu un lieu pour enterrer leurs morts des combats d'août 1914, souligne Corentin Rousman.

Un propriétaire belge a alors accepté de céder gratuitement un terrain pour que les Allemands puissent y ériger leurs stèles, mais à condition qu'ils acceptent aussi l'inhumation de leurs ennemis britanniques morts au même endroit.

«Le symbole c'était "ennemis dans la vie, unis dans la mort" et qu'on respecte tous les soldats tombés!», fait valoir l'historien coordinateur des commémorations à Mons.

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