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80 ans après la traversée fatidique

Une survivante du «MS Saint Louis» rencontre Trudeau

Sarah Bélisle | Agence QMI

«Nous devons nous souvenir de l'histoire, ne jamais oublier et essayer que ça ne se répète jamais.»

C'est le message que voulait livrer Ana Maria Gordon, 83 ans, mercredi, à Ottawa. L'unique survivante canadienne de la traversée fatidique du «MS Saint Louis» était présente à Ottawa pour rencontrer le premier ministre Justin Trudeau, puis entendre les excuses officielles du Canada qu'il a offert.

Le pays, en 1939, a refusé d'accueillir les quelque 900 juifs allemands à bords du navire qui fuyait la montée du régime nazi. La plupart d'entre eux sont morts dans des camps de concentration.

Mme Gordon avait 4 ans à l'époque. Le refus du Canada et de plusieurs autres pays d'accueillir ces réfugiés a changé le cours de sa vie.

«Je pense que c'est très significatif [que le premier ministre s'excuse], a-t-elle indiqué. Je n'ai jamais pensé que ça arriverait. Tant d'années ont passé. Ça fait 80 ans. Je ne suis pas restée fixée sur cet événement, je suis passé à autre chose.»

Les excuses du premier ministre sont un pas dans la bonne direction, celui de se souvenir de ce qui s'est passé, surtout dans le climat actuel, selon Mme Gordon. Et d'en tirer des leçons.

Son fils, Daniel Gruner, acquiesce à ses côtés. «On entend parler d'intolérance, de haine, de fermer les frontières. C'est terrible, s'est-il inquiété. Les gestes d'antisémitisme [...] les gestes anti-"autres" en général sont en hausse partout.»

Pas immunisés ici

«Toute cette haine...», a soufflé Mme Gordon. Si le climat est bien moins pire au Canada qu'aux États-Unis, par exemple, l'octogénaire est catégorique. «On n'est pas immunisés ici non plus.»

Embarquée sur le «MS Saint Louis» pour fuir la montée du régime nazi, elle n'a plus de souvenir de la traversée en tant que telle. Mais elle se souvient de ce qui a suivi pour elle et les siens. Sa famille a finalement débarqué du «MS Saint Louis» aux Pays-Bas, après avoir essuyé des refus un peu partout, dont au Canada.

«Les Pays-Bas ont été occupés par les Allemands, puis nous nous sommes retrouvés dans des camps de concentration». C'est un «réel miracle» à son avis que ses deux parents et elle aient survécu aux camps.

Après la guerre, Mme Gordon a habité longtemps au Mexique, avant de déménager aux États-Unis, puis au Canada en 2009. Elle vit aujourd'hui à Toronto avec une partie de ses enfants et petits-enfants. Le reste de sa descendance est disséminé un peu partout dans le monde.

«J'ai été un peu partout, a-t-elle lancé en riant. C'est la meilleure chose qu'il pouvait m'arriver, c'est d'être ici [à Ottawa pour les excuses] avec mes enfants et petits-enfants.»

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