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«Du bruit dans le cosmos»

Virginie Fortin brille au firmament

Marie-Josée R. Roy | Agence QMI

Être drôle en philosophant sur la place de l’être humain dans l’univers, Virginie Fortin y parvient avec brio dans son premier spectacle solo, «Du bruit dans le cosmos», dont la première montréalaise avait lieu mercredi, au Théâtre Outremont.    

C’est un «one woman show» intelligent, au contenu consistant et superbement livré que la récipiendaire d’«En route vers mon premier gala Juste pour rire 2013», comédienne de «SNL Québec» et «Trop» et co-animatrice de «L’heure est grave», à Télé-Québec, propose avec «Du bruit dans le cosmos», une production qui porte franchement bien son titre.    

«Ermite weird»    

L’humoriste entame sa réflexion comique, sur scène, en s’affolant du fait que l’être humain moyen, trop absorbé par les futilités de son quotidien et par «Fugueuse», a oublié qu’il ne se trouve nulle part ailleurs que dans l’espace. S’emportant, elle promet que la suite sera «plus conventionnelle». Elle ne le sera... qu’à moitié.    

S’ensuit une analyse de la vie en ce bas monde, de cette manière qu’auraient les extraterrestres (qu’elle se représente comme des «petits triangles mous») de percevoir nos habitudes, du degré de futilité de nos petits problèmes et des défauts absurdes du Nord-Américain souvent trop gâté.    

Après tout, hommes et femmes ne sont que de «petites cellules sur lesquelles les bactéries ont des cartes Inspire», décrète Virginie Fortin.    

Selon cette dernière, la planète Terre, entourée de centaines de milliers de tonnes de déchets, est sûrement considérée, par les extraterrestres, comme «l’esti d’ermite "weird" au bout de la rue».    

Cette base «cosmique» permet à Virginie Fortin d’aborder, par la bande, une multitude d’autres thèmes communs à bien des prestations humoristiques, comme l’argent, la mort, les inégalités sociales, la surconsommation (elle qui dit posséder 22 camisoles!), l’importance d’être «soi-même» et le culte de l’image, à travers des références allant de Marc Dupré aux chandails de loups.    

Et ce, dans un enchaînement des plus fluides, au ton jamais aride. Percutant et porteur de messages, mais jamais gueulard, dénonciateur ou revendicateur. Virginie Fortin a véritablement trouvé son style, mi-figue, mi-raisin, et l’habite à merveille.    

Toutous et paradis fiscaux    

Les textes de ce joyeux vacarme dans le cosmos, signés Virginie Fortin et Philippe Cigna, du duo Sèxe Illégal, regorgent de petites perles, de clins d’œil savoureux.    

Sur «La voix junior», par exemple: «En aucune condition, tu es supposé de regarder un enfant en disant "je te veux"», scande-t-elle.    

Tracer un lien entre le nombre de toutous qu’une personne peut posséder et les paradis fiscaux, comparer le budget de la NASA aux salaires des médecins spécialistes, ou mesurer l’impact de la signature pour le don d’organes face aux collants anti-circulaires sur les boîtes aux lettres, il fallait y penser.    

La jeune femme reprend en outre son numéro «Féminazie», qui a été en nomination au dernier Gala les Olivier.    

Expressive, sa voix forte, capable de se faire entendre d’un Théâtre Outremont entier sans micro, Virginie Fortin mélange ironie et anecdotes, sans négliger quelques boutades scatologiques au passage. Le gag très léger côtoie ici le propos engagé, comme en font foi son segment sensible sur l’itinérance et celui, plus baveux, sur le «cool».    

Qui plus est, l’artiste sait admirablement bien improviser avec son parterre lorsque celui-ci tousse ou échappe quelque chose par terre. Soyez attentifs si vous allez l’applaudir, Virginie n’en rate pas une!    

Virginie Fortin présentera «Du bruit dans le cosmos» en supplémentaires les 12 et 13 avril 2019, au Lion d’Or, à Montréal.

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