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Campagne aux relents racistes

Les candidats noirs, grands perdants de l’élection

Agence France-Presse

Si la Chambre des représentants sort rajeunie, féminisée et diversifiée des élections de mardi, les Noirs semblent être les grands perdants du scrutin avec la défaite des têtes d'affiche et une campagne aux relents racistes. 

Andrew Gillum et Ben Jealous, figures démocrates de la communauté noires, ne sont pas parvenus à devenir gouverneurs respectivement de Floride et du Maryland, malgré l'afflux de dons et le soutien de plusieurs personnalités. 

En Géorgie, la démocrate Stacey Abrams, qui tente de devenir la première femme noire de l'histoire élue gouverneure, semblait battue. Mais, dans l'attente encore jeudi matin des résultats définitifs, elle n'a pas voulu concéder sa défaite face au républicain Brian Kemp. 

Les démocrates avaient beaucoup investi sur le maire de Tallahassee Andrew Gillum, 39 ans, qui espérait devenir le premier gouverneur noir de Floride grâce aux votes des minorités dans cet État du sud-est. L'ancien président Barack Obama, premier Noir élu à la Maison-Blanche, était même venu le soutenir en personne. 

Mardi soir, il a dû reconnaitre sa défaite face au très trumpiste Ron DeSantis qui, en début de campagne, avait créé la polémique en utilisant un verbe composé à partir du mot singe pour l'attaquer («monkey this up»). 

M. Gillum avait estimé que son adversaire attirait les votes des suprématistes blancs. «Je ne dis pas que M. DeSantis est raciste, je dis juste que les racistes croient qu'il est raciste», avait-il affirmé lors d'un débat. 

Stacey Abrams avait elle aussi reçu le soutien de Barack Obama et la visite de la très médiatique présentatrice Oprah Winfrey, qui avait été suivie d'une attaque clairement raciste. 

«C'est la négresse magique Oprah Winfrey qui vous demande d'élire sa consoeur nègre comme gouverneure de Géorgie»: plusieurs électeurs de cet État profondément marqué par la ségrégation raciale avaient reçu ce message téléphonique enregistré financé par un groupuscule antisémite et raciste. 

Mme Abrams a aussi accusé son adversaire, chef des opérations électorales de cet État, d'avoir abusé de sa fonction en suspendant l'inscription sur les listes électorales de 35 000 Afro-Américains. 

D'autres accusations de suppressions d'électeurs ont été faites dans le Dakota du Nord, au Texas et au Kansas. 

«Soyons clairs, ces restrictions ont joué un rôle important en réduisant au silence la communauté noire et les gens de couleur», a regretté mercredi Derrick Johnson, président de la puissante association de lutte pour la défense des droits des Noirs (NAACP). 

L'un de ses prédécesseurs à ce poste, Ben Jealous, a nettement perdu dans le Maryland face au gouverneur républicain sortant Larry Hogan, donné favori depuis des mois. 

Mais ces défaites ne doivent pas faire oublier le succès d'autres candidats noirs, notamment de plusieurs femmes démocrates, dix ans après la victoire de Barack Obama. 

Neuf élus vont entrer au Congrès en janvier, selon le Congressional Black Caucus, le groupe parlementaire qui rassemble les élus de la communauté afro-américaine et qui comptait avant les élections 49 membres --un record-- au Congrès. 

Lucy McBath, dont le fils a été tué par balle en 2012 et qui a fait campagne pour un renforcement du contrôle des ventes d'armes, s'est ainsi imposée en Géorgie. 

Ilhan Omar, une réfugiée de Somalie naturalisée américaine et de confession musulmane, a été élue dans le Minnesota, Jahana Hayes a gagné dans le Connecticut et Ayanna Pressley dans le Massachusetts. 

Dans son discours de victoire, cette dernière a ironisé sur «le plafond de ciment» qui empêche les femmes de couleur de s'élever aux plus hautes fonctions. «Mais vous savez ce qui peut le casser? Des changements sismiques!», a-t-elle lancé à ses partisans. 

La maire de Washington Muriel Bowser a également été réélue dans un fauteuil, une victoire attendue, car la capitale fédérale est acquise aux démocrates. 

«Notre travail continue», a pour sa part salué l'ancien président Obama dans un communiqué après le scrutin. «Le changement dont nous avons besoin ne viendra pas d'une seule élection, mais c'est un début». 

 

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