/news/culture

Pièce écrite par Michel Tremblay en 1974

«Bonjour, là, bonjour» : les ingrédients du succès sont encore là

Emmanuel Martinez | Agence QMI

PHOTO COURTOISIE/Gunther Gamper

Triste, drôle, dérangeante, intrigante; la pièce «Bonjour, là, bonjour» écrite en 1974 par Michel Tremblay se déguste comme un grand vin qui a bien vieilli.

Présenté au Théâtre Denise-Pelletier par le metteur en scène Claude Poissant qui s’attaque avec brio à une œuvre de Tremblay pour la première fois de sa carrière, ce «freak show» familial aborde de manière surprenante l’amour, les liens familiaux, la solitude et l’inertie.

Marquée par des transitions soudaines du drame au rire, du désespoir à l’affection ou de l’étrange au réel, cette pièce parsemée de petits tableaux saura plaire à tous les palets.

La superposition de scènes différentes dans un même lieu, dans un même moment, offre au spectateur l’occasion de savourer un repas gargantuesque, comme si Kali, la déesse hindoue dotée de plusieurs bras, venait se servir dans un buffet.

Une galerie de personnages

On y côtoie Gilberte (Diane Lavallée) et Charlotte (Annette Garant), les deux vieilles tantes inséparables qui ne s’endurent pas. Lucienne (Sandrine Bisson), la grande sœur froide, matérialiste, mais chaude comme un pain sorti du four. Monique (Mireille Brullemans), l’autre sœur sur les pilules, qui ne parle que pour se plaindre. Denise (Geneviève Schmidt), la sœur grassette troublée, aussi espiègle que cochonne. Nicole (Mylène Mackay), la jeune beauté. Et le patriarche (Gilles Renaud qui avait joué ce rôle il y a 44 ans) presque sourd, mais dont le déclin et l’isolement n’éclipsent pas la dignité.

Et au milieu de cette tablée du début des années 1970 se trouve Serge (Francis Ducharme), le cadet qui revient d’un voyage en solo en Europe, le premier de sa famille à faire un tel périple. De retour auprès des siens pour constater que rien n’a changé. Les mêmes malaises, les mêmes travers, les mêmes tourments étant toujours là. Et Serge écoute, subit, entouré de ces femmes qu’il adore, mais qui l’étouffent. Toutefois, il a changé. Il a un secret à révéler, une confidence que Michel Tremblay a eu l’intelligence de cacher sous plusieurs couches, comme un oignon qui fait pleurer, râler ou même rire avant de pouvoir être savouré.

Cette ode à la famille, mais quelle famille!, et à l’amour, mais quel amour!, constitue une œuvre marquante et tout à fait contemporaine, jouée par des comédiens talentueux dirigés avec précision par un metteur chevronné.

Bon appétit!

Jusqu’au 5 décembre au Théâtre Denise-Pelletier.

Dans la même catégorie