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L’aveu d’impuissance face aux Franco-ontariens

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles

Imaginez si lundi, les députés des Communes s’étaient levés unanimement pour défendre les droits des Franco-Ontariens, ou encore pour affirmer l’importance des deux peuples fondateurs, ou même souligner l’urgence d’assurer la survie des communautés francophones hors-Québec...

Ça semble assez fondamental dans un pays bilingue comme le Canada... Et pourtant, il faut croire que le sort des Franco-Ontariens n’est pas à l’abri de la petite politique.

Au contraire, encore une fois, coincés entre les principes des libéraux et ceux des conservateurs, ils ont servi de pions dans la joute partisane fédérale.

Les conservateurs entre l’écorce et l’arbre, et après?

On l’a dit et répété au cours des derniers jours, le chef conservateur Andrew Scheer est pris entre l’écorce et l’arbre sur cet enjeu.

Le premier ministre Doug Ford est un allié dont il ne peut se passer.

Surtout, fervent défenseur de l’autonomie des provinces et du respect de leurs compétences, difficile pour lui de partir en guerre sur les choix budgétaires du premier ministre ontarien.

Ces considérations politiques n’ont pas empêché les députés conservateurs du Québec de déplorer les choix de Doug Ford et promettre qu’un éventuel gouvernement conservateur serait un défenseur des langues officielles et des droits des minorités linguistiques au pays.

Timide me direz-vous? Peut-être. Mais au moins c’est honnête.

On ne peut pas défendre les champs de compétence des provinces quand ça nous sert, comme en santé, et les bafouer le lendemain.

La ministre du Patrimoine Mélanie Joly a beau s’indigner sur Twitter et devant les caméras, la réalité c’est que le gouvernement fédéral n’a pas vraiment le pouvoir de forcer la main du gouvernement Ford dans ce dossier.

Le beau jeu des libéraux de Justin Trudeau

Tel un sauveur de sa minorité francophone, le gouvernement Trudeau annoncera mardi la mise en œuvre des derniers éléments du Programme de contestation judiciaire.

C’est le fameux programme que Stephen Harper avait aboli dans sa lutte contre le déficit, et qui permet justement à des groupes communautaires de mener devant les tribunaux la dure bataille pour la reconnaissance de leurs droits.

L’annonce prévue de longue date tombe pile-poil pour les libéraux.

C’est oublier qu’ils ont annoncé le retour du programme dans leur budget 2016, et qu’ils auront mis plus d’un an à choisir 14 experts pour déterminer quelles causes auront droit au financement fédéral.

De perpétuels oubliés...

La réalité c’est que depuis 1971, la proportion des francophones hors Québec est en chute libre. Selon Statistiques Canada leur nombre est passé de 6,1% de la population à 3,8% en 2016.

Dans son Plan d’Action sur les langues officielles, le gouvernement fédéral reconnaît que «les investissements actuels ne suffisent pas à renverser la tendance». Tout au plus espère-t-on limiter les dégâts à 4% de la population canadienne.

Sans la menace de la souveraineté, il y a longtemps que le sort des francophones hors-Québec n’est qu’une arrière-pensée pour la classe politique.

Trop longtemps les politiciens se sont réconfortés en citant l’attrait des programmes d’immersion, comme un ersatz de l’intérêt pour la langue française au pays.

Certes, la mobilisation politique des Trudeau, Legault et Joly pourra encourager les Franco-Ontariens.

Mais il ne faut pas se leurrer, encore une fois, c’est essentiellement grâce à leur détermination, leur obstination, leur mobilisation qu’ils réussiront à faire respecter leurs droits fondamentaux dans ce pays qui les traite encore comme une anomalie culturelle.

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