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Violences et affrontements entre «gilets jaunes» et forces de l'ordre

Agence France-Presse

Barricades incendiées, fumée noire, feux tricolores arrachés, pavés descellés, canons à eau... Envahi de gaz lacrymogène, le quartier des Champs-Elysées au coeur de Paris a pris samedi des airs de zone de guérilla lors d'une nouvelle manifestation des «gilets jaunes».

Les «gilets jaunes», ainsi baptisés en raison des vestes fluorescentes que chaque automobiliste doit détenir en cas d'accident, protestent contre la hausse des taxes sur le carburant, et plus généralement pour défendre leur pouvoir d'achat malmené.

Leur manifestation de samedi n'avait été autorisée qu'au Champ-de-Mars, au pied de la Tour Eiffel, entourée de barrières et ceinturée de forces de l'ordre.

«Mais les gens n'ont pas envie d'être parqués, on veut être visible, nous!», clamait à l'aube Jérémy Clément, un chef d'entreprise de Montargis (centre) de 41 ans essayant de rassembler du monde dès l'aube aux abords de Paris avant de converger vers le centre de la capitale.

En milieu de matinée, de petits groupes épars, gilet fluo sur le dos, ont rapidement afflué vers la grande avenue des Champs-Elysées, barrée par des cordons de policiers anti-émeutes et de gendarmes mobiles qui interdisaient l'accès à une large zone autour du palais présidentiel voisin.

Le président français était au coeur du mécontentement : «Macron démission», «Macron, rends le pognon» et l'hymne français répondaient aux sirènes des forces de l'ordre.

Très vite, un cordon policier a été débordé par la marée jaune qui voulait rallier la place de la Concorde, située en zone interdite.

«C'est n'importe quoi, on n'a pas d'ordre», peste alors un policier casqué, bras au ciel.

La situation dégénère ensuite très rapidement : des jeunes gens au visage souvent masqué par des foulards et capuches, disséminés dans le cortège, font face aux forces de l'ordre, essayant d'aller au contact.

Tirs de grenades lacrymogènes et jet puissant des canons à eau répondent aux tirs de mortiers d'artifice et jets de projectile de toutes sortes : bouteilles, pavés, planches...

La place est envahie par les fumées irritantes. Les manifestants fuient dans les rues adjacentes ou reculent vers l'Arc de Triomphe, en haut des Champs-Elysées.

«On vient juste manifester pacifiquement et on se fait gazer... On voit comment on est reçu à Paris!», lâche avec dépit Christophe, 49 ans, venu avec son épouse depuis l'Est de la France.

Derrière le couple, les explosions de grenades, de pétards, de mortiers se succèdent, les canons à eau repoussent la foule.

Des barrières métalliques de chantier sont arrachées pour servir de barricades improvisées au milieu de «la plus belle avenue du monde». Des projectiles pleuvent sur les casques et boucliers des policiers anti-émeutes ou gendarmes mobiles. Ces derniers chargent à plusieurs reprises.

Franck, 54 ans, un ex-commercial au chômage depuis quelques mois, venu de la banlieue nord de Paris, semble déçu par la mobilisation, plus faible que le week-end dernier.

«On devrait être beaucoup plus nombreux à montrer notre mécontentement par rapport à ce que fait le gouvernement. (Emmanuel Macron ne) laisse pas parler les Français, il fait de la dictature ni plus ni moins», ajoute le quinquagénaire, pancarte faisant allusion à la révolution française de 1789 sur l'épaule.

Plus bas sur l'avenue, une cabine de chantier renversée sur la chaussée brûle. Une terrasse couverte d'une chaîne de boulangerie s'enflamme à son tour. C'est l'un des rares commerces de l'avenue qui sera touché.

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