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Dans vos poches

Son ex-conjoint lui vole son identité et l’entraîne vers la faillite

Emmanuelle Gril | Journal de Montréal

Être victime d’un vol d’identité est déjà une expérience pénible, mais lorsque celui-ci est perpétré par un proche, la situation devient plus difficile encore. C’est ce qui est arrivé à Martine, dont l’ex-conjoint a utilisé son nom frauduleusement.

Séparée du père de son enfant depuis deux ans, Martine travaille au salaire minimum. Son ex-conjoint ne lui verse pas de pension alimentaire de façon régulière, et ses revenus mensuels de 2663 $ (incluant les allocations familiales) sont loin de lui assurer un niveau de vie confortable. Elle possède aussi une voiture, dont le paiement lui coûte cher, à raison de 500 $ par mois, soit bien au-dessus de ses moyens.

Malgré tout, la mère de famille a réussi à stabiliser sa situation, mais une tuile supplémentaire va lui tomber sur la tête... Harcelée par des créanciers qui lui réclamaient le remboursement de dettes dont elle ne connaissait pas l’existence, c’est alors qu’elle réalise que son ex-conjoint a contracté un prêt bancaire et qu’il a obtenu des cartes de crédit en son nom, et ce, à son insu.

Une énorme dette

Au total, à cause de cette fraude, Martine se retrouve avec un endettement de 18 000 $ en prêt et en solde de cartes de crédit. Cette somme énorme s’ajoute aux 2000 $ de dettes dont elle est déjà directement responsable (factures impayées et carte de crédit). Prise à la gorge et ne sachant que faire, elle décide d’aller consulter un syndic autorisé en insolvabilité, qui lui recommande, dans un premier temps, de porter plainte à la police. «Toutefois, les policiers l’ont prévenue que son ex-conjoint possède toutes ses informations personnelles et les réponses aux questions de sécurité demandées sur le site internet de son institution financière. Par conséquent, il pourrait continuer à lui faire du tort et à se faire passer pour elle», explique Nadia Paradis, syndique autorisée en insolvabilité chez Raymond Chabot.

Une faillite inévitable

Martine est incapable de faire face au remboursement de cette créance de 20 000 $, à laquelle s’ajoutent progressivement des frais d’intérêt. Elle doit aussi assumer des dépenses courantes mensuelles de 2390 $ et n’a donc quasiment aucune marge de manœuvre.

C’est la raison pour laquelle la syndique lui a conseillé de faire faillite. Cela lui permettra de liquider ses dettes actuelles en plus de celles, contractées frauduleusement par son ex-conjoint, qui pourraient surgir dans le futur. Compte tenu de ses revenus et puisqu’elle n’a aucun actif, cette solution semblait la plus indiquée dans son cas.

Martine a également rendu son coûteux véhicule au créancier. Par chance, elle pourra utiliser la voiture de sa sœur, moyennant le paiement d’essence et d’une portion de la prime d’assurance.

«Nous lui avons aussi recommandé de contacter les agences de crédit Equifax et TransUnion pour signaler la fraude dont elle avait été victime. Cette mention sera indiquée à son dossier de crédit, ce qui rendra la tâche plus difficile aux personnes qui voudraient utiliser à nouveau son identité à son insu», souligne Nadia Paradis.

Même si elle ne peut compter sur le paiement régulier de la pension alimentaire par son ex-conjoint, la syndique lui a également conseillé de mettre cette somme de côté chaque fois qu’elle lui sera versée. «Ce petit coussin lui permettra de faire face aux imprévus», dit-elle.

Sa situation financière

Actif

Véhicule financé (paiement de 500 $ par mois)

Dettes de consommation

Cartes de crédit

Prêts

Factures impayées de télécommunication (Bell, Telus)

Total : 20 000 $

Revenus mensuels

Salaire : 1875 $

Allocations familiales : 788 $

Total : 2663 $

Dépenses mensuelles

2390 $ (incluant loyer, électricité, épicerie, vêtements, etc.)