/news/politics

Chronique d’Emmanuelle Latraverse

Legault, entre audace et pragmatisme

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles

François Legault, on le sait, aime bien être comparé à Emmanuel Macron. «Un pragmatique qui regarde les dossiers un par un», avait-il évoqué lors d’une entrevue au Sommet de la Francophonie.

Après tout, comme lui, il a bouleversé le paysage politique, abandonné les anciennes lignes de parti pour en formuler de nouvelles, été porté au pouvoir par un électorat qui en a marre de la vieille politique.

À la veille de sa première joute parlementaire au pouvoir, le premier ministre a tout intérêt à tirer des leçons des échecs du président français.

L’audace a un prix

L’audace, tel doit être le grand thème du discours inaugural de François Legault mercredi. Il a certainement démontré depuis la fondation de la CAQ qu’il n’en manque pas.

D’ailleurs, ce thème lui est cher. Dès 2014, il proposait aux Québécois de faire preuve d’audace, de se «débarrasser de nos peurs», pour entamer la «Révolution du courage».

Enfin armé des leviers du pouvoir, il fera miroiter l’audace des maternelles 4 ans, d’une intégration intelligente des immigrants, de la fin des attentes aux urgences, de l’argent dans les poches des familles et d’un Québec plus riche et prospère.

Bien sûr, pour y arriver, il faudra cesser d’avoir peur des échecs, des controverses, des frondes organisées par les différents lobbys. On pourrait dire aussi renoncer à avoir peur des sondages une fois la lune de miel terminée.

Car l’audace de bousculer les vieilles façons de faire a un prix, tout comme celle d’oser proposer de grandes réformes dans une société souvent sclérosée dans ses vieilles habitudes. Parlez-en au président Macron, le prodige de la politique qui fait face aujourd’hui à une véritable fronde populaire.

L’audace et le courage politique ne suffisent pas. Nos démocraties sont fragiles. Cynique, l’électorat est impatient de récolter les fruits des réformes que leur font miroiter les politiciens.

Les gilets jaunes et l’urgence climatique

L’audace dont devra faire preuve le premier ministre Legault sera aussi celle de formuler une politique environnementale à la hauteur des attentes des citoyens.

Nombreux sont ceux qui le somment de suivre la voie des signataires du Pacte ou de répondre au front commun de l’opposition par un vaste virage vert.

Là encore, l’expérience du gouvernement Macron est instructive. La mobilisation des gilets jaunes en fait foi.

Le président a beau avoir honte des violences de samedi dernier, elles illustrent à quel point l’appui aux mesures énergiques contre les changements climatiques est fragile lorsqu’il touche au budget d’une classe moyenne qui se juge déjà surtaxée.

La vertu écologique ne sert à rien lorsqu’elle n’obtient pas l’appui de la population, surtout celle qui habite en dehors des grands centres.

C’est dans cette optique que François Legault préfèrera rallier le plus grand nombre autour de toute action pour réduire les émissions de GES au Québec.

Ici, le réalisme pourra toujours l’emporter sur l’idéalisme vert de Québec Solidaire.

Qui sait, peut-être qu’à son «en prendre moins pour en prendre soin» de l’immigration, François Legault offrira «en promettre moins pour faire mieux» en environnement?

La fin des donneurs de leçons...

Environnement, immigration, justice fiscale, Emmanuel Macron affronte l’opinion publique. Résultat de l’opération, le pragmatique se fait reprocher d’être devenu un dogmatique «donneur de leçons».

Depuis la campagne électorale, François Legault a bien saisi qu’il fallait faire tout le contraire s’il voulait convaincre le Québécois de le suivre sur la voie de ses grandes réformes.

Au-delà l’audace, le courage et le pragmatisme, c’est peut-être là la plus belle leçon que peut lui léguer le président français...