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Tabassé à mort par des citoyens après un vol de dépanneur

À quelques mois de fermer le dépanneur qu’ils opéraient depuis 25 ans à Montréal, un père et son fils pourraient maintenant faire face à la justice après la mort d’un présumé voleur qu’ils auraient maîtrisé avec l’aide d’un passant.

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«Nous attendons le résultat final de l’autopsie, qui va déterminer la cause de la mort. On peut spéculer sur plusieurs choses. Il y a plusieurs facteurs circonstanciels qui demeurent à préciser», a indiqué Raphaël Bergeron, porte-parole de la police de Montréal.

La victime, Jeason Perron, 34 ans, aurait perdu connaissance alors qu’il se faisait maîtriser après avoir commis un vol mardi soir dans un dépanneur de la rue Nicolet, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve.

Malgré les tentatives des secours pour le réanimer, son décès a été constaté à l’hôpital.

 

Une témoin de la scène, qui a appelé la police, affirme avoir entendu plusieurs cris dans la rue après le vol.

«Ça criait: "Appelez la police! Appelez la police!" C’est ce que j’ai fait, même si j’avais peur. Après, j’ai vu que l’homme était couché. C’était comme une lutte. [...] J’avais l’impression qu’on le maîtrisait par le cou», relate celle qui a requis l’anonymat.

Problèmes de drogue

«Il avait de graves problèmes de drogue. Il a essayé de s’aider par le passé, plusieurs fois, mais il finissait toujours par retomber dans ça. C’est une triste histoire», a laissé tomber l’oncle de la victime, qui a préféré taire son nom.

Perron avait eu plusieurs démêlés avec la justice durant les dernières années. Il avait notamment comparu en 2015 pour faire face à des accusations de possession de biens criminellement obtenus et d’entrée par effraction.

Après leur libération, le père et son fils sont retournés brièvement au dépanneur, mais ont refusé de répondre aux questions du Journal de Montréal. Leurs épouses, qui étaient passées un peu pus tôt au commerce, ont toutefois confié être en état de choc.

«On a peur»

«C’est très difficile de tenir le dépanneur. Ce sont de longues heures, sept jours sur sept, et on a peur, maintenant», a dit la femme du propriétaire le plus âgé du dépanneur.

Le père et le fils avaient l’habitude de s’alterner pour garder ouvert le petit magasin, a-t-elle raconté.

Alors que le fils était revenu souper mardi soir, c’est son paternel qui a pris la relève. Au moment de revenir au commerce, le fils aurait trouvé son père en compagnie d’un passant qui venait de maîtriser Perron.

«Ils n’ont rien à voir avec tout ça», a juré la femme du père.

Ils se sont fait justice eux-mêmes

Lorsque des citoyens décident de prendre la justice entre leurs mains, ils n’ont pas carte blanche.

L’avocat criminaliste Michael Morena rappelle qu’il faut «agir de façon raisonnable».

«Pour justifier une action d’une violence importante, il faut que le risque pour la vie ou la sécurité de la personne qui arrête un individu soit appréciable, dit-il. C’est certainement du cas par cas, qui doit être évalué par un tribunal qui se penchera sur les circonstances de l’événement.»

Un marteau pour défendre sa conjointe enceinte

En mars 2017, Yan Lafrenière, 26 ans, était en compagnie de sa conjointe enceinte lorsqu’une dispute a éclaté avec un homme dans un dépanneur du quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal.

Celui-ci a empoigné la femme enceinte et Lafrenière a répliqué en le tabassant d’une dizaine de coups de marteau, même après qu’il ait été mis hors d’état de nuire.

La victime a perdu un œil et Lafrenière a écopé de deux ans d’incarcération pour voies de fait graves.

Un sabre et de l’acide

En janvier 2013, Richardson François et Jerry Théodore, 34 et 37 ans, ont tenté de braquer une bijouterie du Mile-End à Montréal.

Même s’ils étaient armés d’une machette et d’un pistolet, les propriétaires ne se sont pas laissé faire en se défendant avec un sabre, une bouteille et une chaise, puis une bassine pleine d’acide.

Défigurés, les deux cambrioleurs ont pris la fuite avant d’être arrêtés.

Aucune accusation n’a été déposée contre les propriétaires de la bijouterie.

Il tire sur des voleurs de dépanneur

En janvier 2015, Léo Boulet, un propriétaire de dépanneur de Rouyn-Noranda de 79 ans, a tiré sur deux voleurs armés d’un bâton de baseball.

Feignant de leur donner l’argent, le septuagénaire a sorti son pistolet et a fait feu pendant qu’ils partaient, atteignant l’un d’eux au dos.

Boulet a écopé de deux ans de prison à domicile pour possession non autorisée d’une arme à feu prohibée et pour l’avoir utilisée de manière négligente.

Il tue un pédophile

En juillet 2009, un résident de l’arrondissement montréalais de LaSalle, Patrick Bélanger, 36 ans, a découvert que son voisin et ami possédait de la pornographie juvénile.

Il a appelé les policiers en leur demandant de venir rapidement, faute de quoi il allait lui-même régler le problème.

Vingt minutes plus tard, il l’a battu à mort. Bélanger a été condamné à trois ans de pénitencier pour homicide involontaire.