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Chronique d’Emmanuelle Latraverse

Le dur test de la réalité... des libéraux

Emmanuelle Latraverse

 - TVA Nouvelles

«La confiance de la population à l’égard de ce que nous sommes, de notre travail, n’est pas suffisamment reluisante.»

Tel est le rappel qu’a offert le nouveau président de l’Assemblée nationale, François Paradis, à ses collègues lors de son élection mercredi.

C’est le rituel du retour en chambre après une élection. La promesse collective de faire mieux, d’élever le niveau du débat politique afin de lutter contre le cynisme ambiant.

Force est de constater que pour les libéraux, ces bonnes intentions semblent avoir pris des airs de résolution du jour de l’An. Aussitôt dites, aussitôt mises de côté à la première tentation.

L’heure de la récré

François Legault avait à peine lu le quart de son discours d’ouverture que déjà une part de décorum avait pris le bord. Plus le premier ministre tournait les pages, plus un groupe de libéraux ressemblait aux amis dans le fond de la classe qui en ont marre du cours de mathématiques.

Rigolade, boutades, simagrées méprisantes. Le PLQ a accueilli les ambitions du gouvernement Legault comme les lubies d’un tiers parti d’hurluberlus en manque d’attention. Pour le décorum, on repassera!

Le réalisme des réformes envisagées par la CAQ? On en a débattu pendant toute une campagne électorale. Leur mise en œuvre? On en débattra pendant les quatre prochaines années.

À travers tout ça, il y a un fait indéniable. Moins du tiers des Québécois ont endossé l’offre politique des libéraux. Ils ont subi la pire défaite de leur histoire.

En accueillant les propositions de la CAQ avec mépris plutôt qu’avec sérieux, car elles sont majeures, les libéraux auront surtout démontré qu’ils peinent à tirer des leçons de la gifle électorale que les Québécois leur ont réservée.

Les donneurs de leçons

La semaine dernière le PLQ joignait sa voix à celle des autres partis d’opposition pour mettre le gouvernement Legault au défi d’être à la hauteur de l’urgence climatique.

Au-delà du sérieux de l’enjeu, on comprend que tous se sont fait un malin plaisir à mettre de la pression sur les caquistes. La cible semblait facile après les débuts difficiles de la ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, MarieChantal Chassé.

Nous étions nombreux dans les tribunes de la presse à attendre ses débuts au Salon bleu.

Un gouvernement qui réduit sa cible de 2020, c’est ça l’audace? La mise au jeu de la libérale Marie Montpetit ne manquait pas de punch.

Silence.

Puis la réponse est venue. Nerveuse. Un peu hésitante. Mais combien percutante.

«Les gouvernements précédents nous ont laissés dans une situation lamentable,» a lancé MarieChantal Chassé

Et oui! Voilà des années que nous croyons collectivement que le Québec est un leader canadien et mondial sur le plan de la lutte contre les changements climatiques. Des années à nous faire dire qu’il faut faire des sacrifices, que ça vaut la peine de payer l’essence plus cher, d’investir des milliards dans le fond vert, que la bourse du carbone ça marche «pour faire notre part».

Des milliards et combien d’énergie, pourquoi?

Pour une hausse de nos émissions depuis 2014? Pour se retrouver à deux ans de l’échéance de 2020 avec plus de 50% des efforts à faire pour atteindre notre cible?

Qui devrait être gêné lors de la COP24: les Québécois ou la ministre de l’Environnement, a osé demander la libérale Marie Montpetit.

Ce sont les libéraux qui devraient avoir honte de faire la morale à leurs adversaires sur l’environnement!

On peut amplement critiquer François Legault pour son manque d’intérêt pour la question climatique. Au moins, il a l’honnêteté de reconnaître qu’il doit faire mieux.

La vraie joute commence!

Pour l’instant, le gouvernement Legault a le beau jeu de blâmer l’ancien gouvernement libéral pour son échec environnemental. Le beau jeu aussi de promettre que son audace saura porter fruit.

Le refrain ne pourra durer bien longtemps.

Lui qui prône le pragmatisme plutôt que les grands discours idéologiques devra rapidement passer l’ultime test de crédibilité : celui de livrer la marchandise.

Ça viendra assez vite.

Mais disons que pour sa première semaine à l’Assemblée nationale, la CAQ a offert une équipe bien préparée, disciplinée, face à un PLQ qui cherche toujours ses repaires et semble encore avoir de la difficulté à digérer la défaite.

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