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George H.W. Bush et Donald Trump, le contraste présidentiel

Sebastian Smith | Agence France-Presse

L'un parlait doucement, l'autre harangue les foules. L'un créait des coalitions internationales, l'autre les détruit. L'un était un héros de guerre, l'autre a évité les champs de bataille.

La vie du président George H. W. Bush offre un contraste saisissant avec celle de l'occupant actuel de la Maison-Blanche, Donald Trump.

L'ancien magnat de l'immobilier fut l'un des tout premiers dirigeants passés et actuels à rendre hommage au 41e président des États-Unis, décédé vendredi à 94 ans au Texas.

Mais même cette déclaration courtoise illustre la différence indéniable entre les deux hommes.

«Espoir», «humilité», «discret», «inébranlable», «inspiré»... sont quelques-uns des mots qui parsèment les cinq paragraphes du communiqué transmis depuis Buenos Aires, où le milliardaire assistait au sommet du G20.

 

Des termes qui tranchent avec l'atmosphère plutôt acerbe qui enveloppe actuellement Washington, et encore plus la Maison-Blanche.

M. Bush parlait d'une voix douce et posée, il observait scrupuleusement l'étiquette et respectait les subtilités diplomatiques.

Donald Trump en revanche considère qu'il ne peut y avoir qu'un seul gagnant dans toute discussion, il se décrit comme un négociateur dont les «deals» --de ses débuts de promoteur immobilier à New York jusqu'à la guerre commerciale avec la Chine-- découlent de son inflexibilité et, souvent, de ses insultes assénées à point nommé.

Alors que le président Bush, diplomate expérimenté, était réputé pour avoir mis sur pied la vaste coalition «Tempête du Désert» pour bouter l'Irak hors du Koweït en 1991, M. Trump défie ouvertement le multilatéralisme.

Le 45e président des États-Unis lui-même ne se vanterait jamais de partager les mêmes manières de parfait gentilhomme de son aîné, symbolisées en particulier par la note manuscrite laissée par George Bush à son successeur démocrate Bill Clinton en 1993 dans le Bureau ovale, où il lui souhaitait «bonne chance» et lui disait être de «tout coeur» avec lui.

L'annonce du décès de Bush père a immédiatement rendu nostalgique une partie de Washington.

«Aujourd'hui, vantardises & insultes sont considérées comme un leadership fort tandis qu'humilité et dignité sont vues comme de la faiblesse», a tweeté le sénateur Marco Rubio, candidat à la primaire républicaine en 2016 et maintes fois cible des invectives du milliardaire pendant la campagne.

«Le décès de notre 41e président nous rappelle à quoi ressemble le vrai leadership», a-t-il poursuivi.

La vie de George H.W. Bush en elle-même détonne avec celle de l'occupant actuel du 1600 Pennsylvania Avenue dans la capitale fédérale.

C'est un pilote décoré de l'US Navy qui a échappé de peu à la mort pendant la Seconde guerre mondiale, lorsqu'il n'avait que vingt ans.

Il a gravi pas à pas les échelons du pouvoir américain, dirigeant l'agence de renseignement CIA, représentant les États-Unis à l'ONU, et désigné vice-président de Ronald Reagan.

Une carrière qui a fait de lui un président très qualifié lorsqu'il a remporté l'élection de 1988, et qui a notamment contribué à la fin pacifique de la Guerre froide.

De son côté, Donald Trump a suivi un parcours plus éclectique dans le monde impitoyable des affaires à Manhattan. Sa victoire à la présidentielle, qui l'a vu triompher de l'establishment du parti républicain puis de sa concurrente démocrate Hillary Clinton, a surpris amis comme ennemis.

Mais alors que Bush s'était empressé de s'enrôler dans l'armée, le jeune Trump s'est démené pour obtenir cinq sursis afin d'éviter le grand conflit de sa génération, la guerre du Vietnam.

Là où Bush a dédié toute son existence à préserver les traditions et les institutions politiques américaines, Trump s'est donné pour mission déclarée d'en faire fi.

Et lorsque Bush voulait rendre «plus doux le visage de la nation et celui du monde», Trump se délecte de son image d'interlocuteur au franc-parler.

«Face de cheval», «faible», «crapule», «menteur», «raclure» ou encore «perdant» sont quelques-unes des insultes proférées par Donald Trump, en tant que président, envers celles et ceux qui lui déplaisent.

Chuck Schumer, chef des sénateurs démocrates que Donald Trump aime à affubler du surnom «Chuck Schumer le pleurnicheur», a confié que ce qui lui manquait vraiment avec l'absence de Bush était sa capacité à discuter avec ses opposants.

Et d'ajouter: «Son appel à une nation plus douce et plus bienveillante semble encore plus nécessaire aujourd'hui que lorsqu'il a lancé son appel».

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