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Sécurité informatique

Espionner son voisin dans le métro, un jeu d’enfant !

Louis-Philippe Messier | Journal de Montréal

Des milliers de passagers échangent des messages ou accomplissent des transactions sur leurs téléphones sans se demander si quelqu’un zieute leur écran. Un spécialiste en sécurité informatique, Luc Lefebvre, s’amuse donc depuis la semaine dernière à identifier ses voisins de métro imprudents pour découvrir leur âge, leur occupation, le nom du conjoint, de leurs enfants.  

Il a même déniché les coordonnées de la jeune prostituée fréquentée par un passager qu’il épiait.    

 Son idée lui est venue jeudi dernier. Sur la ligne orange, Luc Lefebvre a alors l’écran de sa voisine de gauche devant les yeux. Cette dernière échange des messages avec une nouvelle fréquentation qui, à un certain moment, lui avoue son amour. Le visage de la demoiselle s’illumine de joie. Ses yeux pétillent. Elle n’a aucune idée que ses émois distraient le passager d’à côté. «Il faut vraiment que j’aide les gens à prendre conscience du risque de brandir son écran au visage de parfaits inconnus», se dit-il alors.    

 Luc Lefebvre est un des cofondateurs de Crypto.Québec, un organisme qui sensibilise le public à la sécurité en ligne. Il travaille maintenant pour une société d’État dont il protège le système informatique contre les malotrus de tout acabit : pirates, virus, chevaux de Troie, entités étatiques hostiles, etc. Il a aussi collaboré au guide intitulé On vous voit : comment déjouer les malveillants sur Internet, qui vient de paraître chez Trécarré.    

 La studieuse et le fêtard  

 Vendredi matin, Luc se met donc en chasse. Sur la ligne orange. En dix minutes, il identifie deux étudiants de McGill qui ne se connaissent cependant pas :    

 – Marie. Étudiante en génie fort studieuse (tous ses groupes de conversation se rapportent à son domaine d’étude). Elle vit un drame personnel que ses parents ignorent.    

 – Vlad. Membre d’une fraternité. Étudiant en économie. Il aime la fête, comme en témoignent beaucoup de photos en ligne.    

 « J’ai retracés Marie et Vlad juste en voyant le nom de leurs amis et de leurs groupes de discussion dans Messenger et j’ai pu découvrir leurs profils Facebook, Linkedin, Instagram, leurs dates de naissance, leurs villes de naissance, leurs amis, leurs employeurs, etc. »    

 Vigilance  

 Vendredi soir dernier dans le métro, Luc identifie Georges, originaire d’Europe de l’Est, qui consulte ses investissements de cryptomonnaies. Il occupe des fonctions bien rémunérées dans une compagnie québécoise très connue. Lui n’a pas Facebook, mais sa femme oui. Et elle y a publié des photos de leur famille. Détail croustillant : Georges fréquente une jeune prostituée au sobriquet professionnel évocateur (et qui lui écrit dans son compte Outlook).    

 Que vous soyez adultère ou non, vous devriez peut-être vous garder une petite gêne en consultant vos conversations privées pendant l’heure de pointe. « Au pire, procurez-vous un écran de confidentialité qui le rend illisible pour quiconque ne l’envisage pas directement de face, suggère Luc Lefebvre. Ça coûte environ 10 $. Pour sauver son mariage, 10 $, c’est une aubaine ! » Luc Lefebvre publie ses «prises du jour» dans le groupe Facebook appelé Le temps d’un métro.