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Chronique d'Emmanuelle Latraverse

Le bas de Noël de François Legault

Emmanuelle Latraverse | TVA Nouvelles

François Legault a été porté au pouvoir en promettant de «remettre de l’argent dans les poches des Québécois». Fin de la modulation des tarifs de garde, bonification de l’allocation pour enfants, baisse des taxes scolaires, la liste des promesses coûteuses et avantageuses pour la classe moyenne était généreuse.

On pourra excuser les électeurs qui trouvent que leur premier ministre audacieux a été plutôt timide dans sa mise à jour économique.

Avec des surplus qui frôlent les 4 milliards de dollars, plusieurs s’attendaient à de gros cadeaux de Noël.

François Legault a plutôt offert un joli bas de Noël.

Quelques mesures ciblées, en attendant les grandes manœuvres du budget 2019, comme les petits cadeaux qu’on laisse au pied du lit des enfants le matin de Noël pour les faire patienter le temps que papa et maman émergent du lit pour le grand déballage sous le sapin.

Prudence et discipline

Celui qui s’est fait élire en promettant d’être un premier ministre économique a surtout voulu envoyer un signal clair : son gouvernement sera prudent et discipliné.

Prudent, parce que le gouvernement sait que ses surplus plus élevés que prévu sont causés en partie par un début d’année canon, qui ne se prolongera probablement pas jusqu’au 31 mars prochain. Il ne peut donc pas miser sur le fait que les rentrées d’argent plus importantes que prévu se prolongeront.

D’ailleurs, si l’année 2018-2019 se terminera avec un surplus de 1,7 milliards de dollars, le ministère des Finances prévoit un simple équilibre budgétaire pour l’année 2019-2020. Le déficit zéro, sans plus, avant même que la CAQ ait investi massivement dans ses promesses électorales!

La marge de manœuvre? Elle sera là en mars prochain. C’est là tout le défi de rédiger un budget.

Pour l’instant, le gouvernement Legault a tenu à indiquer qu’il peut faire preuve de retenue. Surtout, pour un gouvernement qui a tant promis, la mise à jour, et les déceptions qu’elle a engendrées, s’est révélée une belle occasion de rappeler aux électeurs que les milliards pour les familles, les aînés, l’éducation, la santé ne viendront pas d’un coup. Ils s’échelonneront plutôt sur les 4 années du mandat, comme s’est évertué à le répéter le premier ministre.

L’éducation, la grande absente

Il y a tout de même une certaine contradiction à constater que la mise à jour économique n’offre pas un sou à l’éducation. Tout ça d’un gouvernement qui se vantait la semaine dernière d’en faire «l’ambition première», «la plus grande priorité» du gouvernement.

«L’heure du redressement national en éducation a sonné», lançait François Legault la semaine dernière. «Ça viendra», affirme-t-il aujourd’hui.

En effet, le gouvernement répète à 6 reprises dans sa mise à jour que les investissements en éducation et en santé seront précisés dans le prochain budget.

«Le moyen le plus puissant d’augmenter notre niveau de richesse, à long terme, c’est de mieux réussir en éducation», affirmait le premier ministre dans son discours inaugural.

Voilà pour les grandes ambitions. À court terme, sa mise à jour économique indique qu’il lui semble plus rentable de donner un coup de pouce aux entreprises et aux familles.

François Legault a beau rêver d’audace et de grandes réformes pour l’ensemble du Québec, il connaît ses électeurs. Ce sont eux qu’il aura voulu remercier avec cette mise à jour économique, qui a aussi pris des airs d’apéro.

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