/news/world

«Gilets jaunes»

Cinq conséquences marquantes de la crise

AFP

La crise aiguë des «gilets jaunes», entrés en rébellion depuis trois semaines contre la politique fiscale et sociale d'Emmanuel Macron, entraîne déjà une série de conséquences en France, dont certaines pourraient laisser des traces durables.

Voitures brûlées, magasins pillés, les images des violences samedi dernier à Paris, qui ont fait le tour du monde, «sont une catastrophe pour l'image de la France», déplore Jean-Virgile Cance, président du Groupement national des chaînes hôtelières. Les réservations pour les fêtes de fin d'année ont déjà chuté de 10 à 15% sur un an, selon lui.

Les barrages routiers et les blocages de dépôts pétroliers à travers le pays ont désorganisé plusieurs secteurs clés de l'économie, notamment le transport de marchandises et le commerce.

• À lire aussi: Des «moyens exceptionnels» pour la manifestation de samedi

Dans l'agroalimentaire, les fêtes de fin d'année peuvent représenter jusqu'à 20% du chiffre d'affaires annuel, selon les professionnels du secteur, qui craignent plus de 13 milliards d'euros (près de 20 milliards $) de manque à gagner.

«L'économie n'est pas bloquée» mais «le climat de défiance qui s'est installé» risque de «peser sur la consommation», souligne Mathieu Plane, économiste à l'OFCE.

Par ailleurs, les concessions des autorités auront un coût budgétaire : 4 milliards d'euros (6 milliards $) selon le gouvernement, qui assure néanmoins que le déficit français restera sous la barre des 3% du PIB exigé par l'Union européenne.

Emmanuel Macron, arrivé au pouvoir lors d'une ascension fulgurante, s'était affiché en «réformateur» déterminé et avait promis à son arrivée de sortir la France du marasme et d'en faire une «start up nation».

Mais sa politique est aujourd'hui perçue comme inégalitaire par une partie de l'opinion. Et l'ancien banquier d'affaires est de plus en plus souvent accusé par certains «d'arrogance» et de manque d'écoute. Sa popularité est au plus bas dans les sondages, à 23% d'avis favorables.

Après être parvenu à imposer plusieurs réformes clés (marché du travail, rail...) en dépit des protestations, les concessions inédites du président sur certaines revendications des «gilets jaunes» ont fragilisé son image. Sa capacité à poursuivre les réformes qu'il juge indispensables - celle des retraites notamment - risque de s'en trouver amoindrie.

Revendication phare des «gilets jaunes», l'abandon «pour l'année 2019» des hausses de taxes sur les carburants a finalement été concédé par le gouvernement, qui a annoncé une série de concertations à travers le pays notamment sur la manière de parvenir à une transition énergétique.

Après le renoncement à la taxe poids lourds sous le président François Hollande et celui de la taxe carbone sous Nicolas Sarkozy, le recul du gouvernement est un nouveau coup de massue pour les écologistes, qui ont fustigé cette semaine une écologie «bouc émissaire» qui «se prend une balle perdue».

Un recul particulièrement douloureux alors que se tient actuellement en Pologne la COP24 et que les émissions de CO2 des énergies fossiles, première cause du réchauffement mondial, ont connu en 2018 une hausse inédite depuis sept ans...

Les écologistes ont du mal à faire passer auprès d'une certaine partie des Français le message que la transition énergétique est de nature à améliorer durablement la vie des gens.

L'élection d'Emmanuel Macron - héraut d'une Europe forte et du multilatéralisme - avait été perçue comme une victoire pour le camp des «progressistes» après une année 2016 marquée par le Brexit et l'élection de Donald Trump.

Dans la perspective des élections européennes de mai prochain, le jeune président français s'est ainsi posé en défenseur d'un arc «progressiste» en Europe contre le «repli nationaliste», incarné à ses yeux par le ministre de l'Intérieur italien Matteo Salvini ou le premier ministre hongrois Viktor Orban.

Ses concessions contraintes face à une révolte populaire, son impopularité record dans son propre pays, prennent des airs de revanche pour les dirigeants nationalistes et populistes.

«Macron n'est plus un problème pour moi ou pour l'Europe», a asséné cette semaine Matteo Salvini, également chef de la Ligue (extrême droite), dans une interview à Politico.

Et pour le quotidien espagnol El Pais, si le président français ne parvient pas à juguler la crise, «il y a le risque que cela se termine avec une victoire massive des nationalistes aux prochaines élections européennes».

Dans leurs interventions, nombre de «gilets jaunes» fustigent avec virulence les partis politiques traditionnels - auxquels ils disent ne plus croire ou faire confiance du tout - et une «déconnexion» des élus par rapport au peuple.

Ce mouvement illustre aussi un rejet de plus en plus violent du concept de l'«hyper président» sous la Vème République, concentrant trop de pouvoirs et cible première des critiques, et qui a déjà coûté leurs postes aux ex-présidents Hollande et Sarkozy.

Le fait que le gouvernement Macron depuis le début du quinquennat ait régulièrement contourné les corps intermédiaires (syndicats, organisations patronales, société civile) a ajouté aux frustrations à travers le pays.

Autre critique parmi ces contestataires issus des classes moyennes et populaires, notamment de milieux ruraux et de villes moyennes : la sous-représentation des catégories les plus modestes au Parlement français, qui leur fait réclamer un recours accru au scrutin proportionnel et aux référendums.

Dans la même catégorie